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imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur.

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L'Académie laisse à chacun des auteurs des travaux insérés dans les volumes de ses Mémoires la responsabilité de ses opinions, tant pour le fond que pour la forme.

LECTURES

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SECONDE RESTAURATION

DANS

LE PAS-DE-CALAIS

(1815 -1830) (Suite 1) PAR le Comte Gustave DE HAUTECLOCQUE

Membre résidants

1829

qe dénouement approche. Le Ministère Martignac, mal- (4 gré ses concessions au parti libéral, n'avait pu se procurer une majorité dans les Chambres. Les Royalistes, n'étant ni soutenus, ni dirigés, allaient à la dérive ne cher- chant même plus un port pour abriter le navire de l'Etat. M. de la Ferronnays, ministre des Affaires étrangères, s'était retiré pour des motifs de santé. Il fallait le remplacer. On conseillait à Charles X d'incliner de plus en plus vers la gauche. Effrayé de l'excitation des idées, il pensa à s'adresser à Casimir Périer, dont les idées libérales n'excluaient pas les sentiments royalistes. Mais celui-ci

1 Voir Mémoires de l’Académie d'Arras, 2e série, tome 37, page 255; tome 38, page 57; tome 39, page 47; tome 40, page 7 ; tome 41, page 26,

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mit pour condition à son acceptation la rentrée aux affaires de M. de Villèle, qu'il considérait comme le seul homme d'Etat que le parti monarchique eût compté dans ses rangs depuis 1814. Charles X ne le crut pas possible, et M. Por- talis, garde des Sceaux, fit l'intérim du Ministère des Affaires étrangères. M. Bourdeau fut nommé ministre de la Justice et Mgr Feutrier fut créé pair de France. M. de Polignac, l'ami personnel du Roi, avait quitté l'ambassade de Londres. 11 fut de suite l'objet des attaques de l'opposition qui voyait en lui le chef d’un nouveau Ministère de défense royale, ce qu'elle appellait un Ministère d'offensive, il y serait quelque chose de plus et de pire que M. de Villèle.

L'ouverture des Chambres eut lieu le 27 janvier. D'après Je discours du trône, la situation extérieure ne laissait rien à désirer, les affaires de la Grèce s'étaient arrangées sous la protection de la France, de l'Angleterre et de la Russie, les troupes étaient rappelées d'Espagne, on espérait que le dey d'Alger se soumettrait à nos réclamations, etquenos rapports avec les nouveaux états du sud de l'Amérique s'améliore- raient. La raison publique faisait justice des écrits de la Presse; c'était une grande erreur. La magistrature rem- plissait ses devoirs. Le Roi chercha à justifier les Ordon- nances du 16 juin. L'état des Finances était satisfaisant; on allait s occuper de l’organisation communale et dépar- tementale.

L'adresse de la Chambre des Pairs fut la paraphrase de cet exposé de la situation politique plus optimiste que vraie. M. de Polignac fit à cette occasion un discours ressemblant à un programme ministériel, il affichait des sentiments libéraux qu'il ne professait pas. A la Chambre des députés, les propositions pour la nomination du Président indiquèrent le découragement de la Droite. M. Royer-Collard conserva ses fonctions. L'Adresse repro- duisit le discours libéral de Charles X. MM. de Monbel et de Conny protestèrent contre la marche politique du minis-

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tère Martignac. Les catholiques étaient mécontents ; on suivait une pente qui conduisait la France à une révolution semblable à celle qui, en 1688, avait renversé les Stuarts, par l’abaissement de l'autorité royale et l'exaltation de la souveraineté populaire. Une partie de la Droite s'abstint de voter l'Adresse.

Une pétition amena les attaques de l'opposition contre les Missions ; elle fut renvoyée au Garde des Sceaux; la lutte contre les idées religieuses ne cessait pas. Après avoir dis- cuté les lois sur la pêche fluviale et le tabac, le 9 février on commença la discussion de celle sur l’organisation com- munale et départementale (1).

Les communes étaient divisées en rurales et urbaines. Toute commune de 3000 habitants et au-dessus était com- mune urbaine. Le principe de l'élection était substitué au mode de nomination en vigueur. C'était une véritable révo-

(1) L'Assemblée Constituante accordait aux électeurs la nomination des membres des conseils municipaux. Ils restaient sous l’autorité des districts dépendant eux-mêmes de l’administration départementale et eofin du Roi. Diverses lois vinrent modifier cette organisation : Un Sénatus-Consulte de l'an X imposait au chef de l'Etat l'obligation de prendre les maires et les adjoints dans les conseils municipaux et les assemblées cantonales désignaient les candidats pour occuper les fonctions de conseiller municipal.

Sous l’Empire, les formes électives disparaissent : les communes sont déclarées mineures et le chef de l’Etat et ses agents font les nomi- nations.

La Restauration avait fait peu de changements. Par la nouvelle loi, l'élection remplaçait l’action de l'autorité. Les conseils municipaux étaient nommés par une assemblee de notables composée des contri- buables les plus imposés de la commune, de certains fonctionnaires, de citoyens gradués ou exerçant des professions libérales. Pour les conseils d'arrondissement, les nominations appartenaient aux contri- buables les plus imposés de chaque canton. Pour les conseils de dépar- tement, à ceux de chaque arrondissement. Le nombre des notables et des plus imposés était restreint. On voulait échapper à l'envahissement de la démocratie,

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lution administrative ; elle donna lieu à une vive discussion.

La Droite attaqua la loi comme une violation dela Charte, car on sacrifiait Ja prérogative royale à la souveraineté populaire ; c'était une trace de la Révolution et l’irruption de la démocratie dans l'administration des deniers publics. La Gauche trouvait qu'en limitant à un impôt de 300 francs le droit d'être électeur, c'était en rendre le nombre trop peu nombreux et donner trop de faveur à la grande propriété. La première question fut de décider si on commencerait par la loi sur l'organisation communale ou par celle sur l'orga- nisation départementale. La Chambre décida que ce serait par cette dernière ; elle avait hâte d'en voir disparaître les membres des conseils généraux accusés de royalisme et de cléricalisme ; elle fut d'avis également de supprimer les conseils d'arrondissement, les considérant comme un rouage inutile et dont on avait peine à réunir les membres. M. de Martignac les défendit avec éloquence et dit que leur sup- pression était en opposition avec la législation actuelle et que leur intervention était nécessaire surtout en matière de recrutement, etc. On alla au vote. Une partie de la Droite resta assise et les Conseils d'arrondissement furent sup- primés (1). Ce ministre alla en conférer avec le Roi et le pro- jet de loi fut retiré. Charles X disait: (Il n'y a pas moyen de s'entendre avec ces gens-là ». L'alliance du ministère avec la Gauche était finie.

Puis on s'occupa à la Chambre de la dotation du Sénat : Il s'agissait de transformer en loi une ordonnance de 1823. Avec le budget de Finances, on attaqua le ministère avec énergie. À propos du règlement des comptes de 1829, on revint sur l'administration de M. de Villèle ; celui-ci écrivit :

(1).M. Degouves de Nuncques, le 31 mars, prit la parole pour proposer une nouvelle! loi sur l’organisation départementale avec suppression des Conseils d'arrondissement. Il indiquait comment seraient formées les circonscriptions cantonales, les conditions pour être électeur et éligible, etc.

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« L'injustice, la violenceet l'incapacité des accusateurs sont grandes ; elles indiquent l'absence de toute notion adminis- trative et financière ».

Les dépenses de 1830 furent fixées à 977,935,399 francs et les recettes à 979,787,185 francs ; on avait donc un excédent de 2 millions environ, sans avoir eu recours à l'émission des 4 millions de rente prévue en cas de complications des affaires étrangères. On décida par une loi que le monopole de la culture du tabac qui allait finir serait prolongé jusqu'au 1er janvier 1837, à la grande joie des planteurs du Pas-de- Calais. Pourtant ce monopole fut attaqué par plusieurs députés dont M. Degouves de Nuncques (1), il fut défendu par le Commissaire du Gouvernement (2).

La Gauche attaqua l'amovibilité du Conseil d'Etat, le traitement des évêques, la Garde Suisse et même la maison du Roietc. La Chambre vota un certain nombre d'économies et supprima certains emplois. À propos du Budget ecclésias- tique et des indemnités données aux curés et vicaires par les

(4) M. Degouves de Nuncques, député du Pas-de-Calais, prononça un discours le 47 mars 1829 au sujet de la culture du tabac. « En 1829, dit-il, un ministère réparateur qui doit mettre toutes les lois en harmo- nie avec les dispositions tutélaires de la Charte, ce même ministère vient encore de proposer la prolongation du monopole sur le tabac, voilà ce que la Chambre doit difficilement comprendre... Ce mono pole est-il donc indestructible ? Si on le croit ainsi, qu’on le dise fran- chement et qu’on le rende perpétuel, au lieu de venir dire qu'il finira à certaines époques déterminées et de vous proposer le maintien d’un système d’asservissement et de fiscalité si contraire aux vrais iutérêts du Gouvernement. » Il termine ainsi son discours : « L’Usurpation a créé le monopole, la Légitimité doit l’abolir. »

Le 29 mars 1830, M. de Bayenghem, député du Pas-de-Calais, appuya une pétition demandant la diminution des droits sur la bière.

(2) Le Préfet du Pas-de-Calais avait fait, le 29 décembre 1828, un règlement très complet en 66 articles sur la culture du tabac. On y voit qu’on cultivait 925 hectares en tabac. Avant de faire ce règle- ment, on consulta deux des principaux planteurs de chaque arrondis- sement.

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conseils municipaux, un député prétendit que ceux-ci ne représentaient pas la commune et n’avaient pas qualité pour voter ces dépenses et qu’elle n'avait pas d'organe légal. M. de Martignac protesta disant : qu'on allait à l'anarchie. On abolit le cumul des places et des emplois. Le ministère des Affaires étrangères fut celui qui subit le plus de diminutions. La session fut close le 31 juillet 1829, après avoir durésix mois; elle avait été violente. On avait promis des travaux sérieux : elle fut stérile dans ses résultats (1).

(1) Un des députés du Pas-de-Calais, le vicomte du Tertre, prit plu- sieurs fois la parole à la Chambre, en 1829, pendant la discussion du budget. C'était un ancien officier, aussi s'occupait-il surtout des ques- tions militaires. Le 6 mai, dans la discussion du budget, la gauche eritiquait l'expédition de Morée et disait que c'était l’expiation de celle d'Espagne. Le vicomte du Tertre, qui avait fait partie de cette der- nière, répondit qu'elle n'avait pas besoin d'être jutifiée, car elle était nécessaire. Partout il y avait des conspirations contre les Rois et il fallait que ceux-ci se défendissent. Puis il montra l'utilité de l’expédi- tion de Morée.

Le 9 mai. il prit la parole au sujet d’une pétition relative à la retraite des officiers.

La gauche ayant attribué le déficit du budget au milliard des émi- grés et à la guerre d’Espagne, le vicomte du Tertre, le 5 juin, réfuta ces accusations et il ajouta que s’il fallait faire des économies, elles ne devaient pas compromettre le repos du pays, ni sa considération à l'étranger, ni la gloire du Trône, mais être faites sur l’administration générale et sur les frais de perception des impôts, et encore fallait-il agir avec mesure. On avait dit que l’indemnité des émigrés avait été une iniquité, il répondit : « Les propriétaires dépossédés, à qui on a rendu à peine le quart de ce qu'on leur avait pris, n’ont pas été Îles seuls à profiter de cette mesure. Les acquéreurs de leurs propriétés ont vu augmenter la valeur de ces biens nationaux, et leurs craintes ont été tranquillisées. Ce fut donc un acte de justice commandé par la conscience publique et un acte de sécurité politique qui a fait la paix entre les dépossédés ct les acquéreurs. »

Le 6 juin, ce député prononça quelques mots au sujet du budget de l'instruction publique, et, le 9, à propos de celui des affaires étran- gères. Il défendit la Commission à qui on reprochait de ne pas avoir fait assez d'économies, quoiqu'elle edt supprimé deux ambassades.

Le 11 juin, il contribua à faire obtenir au Gouvernement des fonds

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On avait vu les efforts loyaux du ministère centre droit venirse briser contre le mauvais vouloir dela majorité. Dans un discours à la Chambre des Pairs, M. de Villefranche avait dit : que chaque concession arrachée au ministère était un nouveau pas vers la démocratie, dont la marée, en montant, devait renverser la monarchie légitime; ilengageait les ministres à se réunir aux royalistes pour combattre les doctrines révolutionnaires, lieu de marcher avec elle, en compromettant l'avenir de la Royauté. M. de Martignac lui avait répondu pour justifier son administration et les Ordon- nances du 16 juin, mais une opposition de parti-pris refusait de se laisser persuader; le ministère était entrainé par une situation plus forte que ses bonnes intentions ; les élections restaient mauvaises. Le général Clausel fut nommé député.

pour uue maison de hautes études ecclésiastiques que celui-ci voulait fonder.

Le 16 juin, un député ayant proposé de laisser les élèves de l’Ecole polytechnique loger en ville pour leur permettre de conserver ieurs relations dans le monde, le vicomte du Tertre, membre de la Commis- sion, défendit le système actuel disant : « le séjour de Paris offre pour les jeunes gens des dangers qui vous sont connus (on rit). Je ne sais pourquoi on rit, on peut connaître des dangers sans les avoir éprouvés personnellement ». 11 demande qu’on améliore les locaux de cette école.

Le 24 juin, à propos du Ministère de la Guerre, il dit : « Il faut faire des économies, mais avec mesure. » Il en indique quelques-unes. On pourrait employer un ou deux bataillons par régiment pendant la belle saison à des travaux publics utiles et urgents tels que des fortifi- cations, des canaux, des routes. Les soldats mieux payés, préfére- raient cela à la caserne. C’est ce que faisaient les Romains. Il parla une seconde fois le même jour pour nier que le cumul eût lieu dans l’armée comme on l'avait dit.

Le 29 juin, il dit que le pain du soldat est meilleur quand il est fabriqué en régie que lorsqu'il est l’objet d’une adjudication. Dans l'intérêt des soldats malades, il approuve l'augmentation du crédit pour les hôpitaux, car en 1830 l'effectif sera plus considérable et certaines villes ne veulent plus qu'on se serve des hôpitaux civils. Il est partisan des hôpitaux militaires; on y trouve des médecins en cas de guerre.

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Charles X dit à cette occasion : « C'est un coup de canon tiré sur les Tuileries (1). La situation du ministère était impossible, 1l fallait le remplacer. Charles X y était embar- rassé ; le départ de M. de Martignac lui faisait perdre un orateur éloquent ; les autres membres les plus capables de l'ancien cabinet étaient peu disposés à entrer dans une com- binaison dont ils ne voyaient pas la stabilité; se diriger plus encore vers la Gauche #tait impossible. Charles X se décida à un ministère de résistance dirigé par M. de Polignac (2). Louis XVIII avait essavé les Centres jus- qu'en 1822. On sait à quel dénouement cette tentative avait abouti. De 1823 à 1828, un ministère de Droite avait gou- verné ; il avait succombé en 1828 à une coalition. Celui de M. de Martignac avait échoué, un ministère de défense

(1) Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, apprécie en ces termes la politique suivie par le dernier Ministère : « Pour gagner l'opinion dominante, M. de Martignac s’épuise en concessions; il exclut du Ministère, en la personne de Mgr de Frayssinous, le parti congréganiste. Il remplace l’Évêque d’Hermopolis par l'abbé Feutrier, prêtre imondain qu'on croit libéral, et éteint, dans les élections, l'influence des agents du Roi; il affranchit la presse du joug de l’auto- risation royale, et, substituant le monopole financier au monopole politique; il met aux mains des riches l’arme du journalisme ; 1l abolit la censure ; il frappe au cœur la puissance des Jésuites ; il fait passer la royauté à la Chambre, dont il reconnaît ainsi la suprématie, le droit d'interpréter les lois... Mais, lorsqu'après avoir fait si large la part du Pouvoir parlementaire, il veut que tout ne soit pas enlevé au Pouvoir royal, les choses changent de face. »

(2) D'après M. de Vanlabelle, M. de Polignac ne possédait pas une de ces organisations exceptionnelles nécessaire pour des circonstances aussi difficiles. Caractère ‘out à la fois léger et opiniâtre, intelligence étroite et facile aux illusions, il alliait une rare énergie de cœur à une grande faiblesse d'esprit; bienveillant et facile dans ses rapports privés, généreux, fidèle à sa parole et à ses amis, reconnaissant des bons scrvices et oublicux des mauvais, il était vain et présomptueux, il avait en lui-même une confiance d’autant plus aveugle qu’elle se trou vait soutenue par des convictions fixes et ardentes. Il ne manquait pas d'instruction : on l'a comparé au duc de Richelieu,

royale serait-il plus heureux en marchant en dehors des voies parlementaires, et sur la pente périlleuse des coups d'Etat ? Il fut difficile à former. Enfin la liste parut le 9 août (1). On avait fait une tentative nouvelle auprès de M. de Villèle; 1] ne voulut pas avoir encore à lutter contre des cabales de cour ; il disait : « Quand on accorde une place, on fait un ingrat et 99 mécontents... » Du reste, Charles X hésitait à le prendre, voulant ménager les sus- ceptibilités du public, rallier au gouvernement toutes les nuances des opinions royalistes et de la portion du parti libéral qu'on supposait avoir quelques dispositions à sou- tenir le Gouvernement, dès qu'il aurait recu des garanties. On vit que ce n'était pas possible, car les membres les plus importants du ministère étaient impopulaires. Les journaux de l'opposition, devenus plus nombreux, l'attaquèrent avec fureur. LeJournaldes Débats surtout, dansunarticle célèbre, proposait, si c'était nécessaire, pour empêcher la réaction, le refus de l'impôt ; poursuivi par le Gouvernement, sur la plaidoirie de Dupin, il fut acquitté par la Cour Royale (2).

(1) Il était composé de MM. de Polignac, ministre des Affaires étran- gères; Courvoisier, nommé à la Justice; du maréchal de Bourmont, à la Guerre; de l'amiral de Rigny, à la Marine; de MM. de la Bour- donnaie, à l'Intérieur; de Monbel, aux Affaires ecclésiastiques et à l’Instruction publique. Le Ministère du Commerce était supprimé. L’amiral de Rigny ne voulut pas accepter et fut remplacé par le baron d’Haussez. Les anciens ministres reçurent des compensations. M. de Martigaac devint grand’croix de la Légion d'honneur; d’autres furent nommés conseillers d'État; d’autres obtinrent des pensions, etc.

(2) Voici l’article du Journal des Débats :

« Ainsi le voilà encore une fois brisé ce lien d’amour et de confiance qui unissait le peuple et le Monarque ! Voilà encore une fois la Cour avec ses vicilles rancunes, l’Émigration avec ses préjugés, le Sacer- doce avec sa haine de la liberté, qui viennent se jeter entre la France et son Roi; ce qu'elle a conquis par quarante ans de travaux et de malbeurs, on le lui Ôte; ce qu'elle repousse de toute la puissance de sa volonté, de toute l'énergie de ses vœux, on le lui impose violemment.

Ce qui faisait surtout la gloire de ce règne; ce qui avait rallié autour

Les feuilles satiriques vinrent également combattre le minis- tère. Le clergé lui souhaïita la bienvenue, et les journaux royalistes l’engagèrent à entamer le combat contre la Révo- lution (1). Le ministre, dans le Moniteur, déclarait qu'à

du Trôve le cœur de tous les Français, c'était la modération dans l’exercice du Pouvoir; la modération aujourd’hui devient impossible. Ceux qui gouvernent maintenant voudraient être modérés qu'ils ne le pourraient. Les haines que leurs noms éveillent dans tous les esprits sont trop profondes pour n'être pas rendues violentes. Redoutés de la France, ils lui deviendront redoutables. Peut-être dans les premiers jours, voudront-ils bégayer les mots de Charte et de Liberté, leur maladresse à dire ces mots les trahira; on n’y verra que le langage de la peur et de l'hypocrisie. Que feront-ils cependant ? Iront-ils cher- cher un appui dans la force des baïonnettes ? Les baïonnettes aujour- d’hui sont intelligentes; elles connaissent et respectent la loi. Vont-ils déchirer cette Charte qui fait la puissance du successeur de Louis XVIII ? Qu'ils y pensent bien ! La Charte a maintenant une autorité contre laquelle viendraicnt se briser tous les efforts du despotisme. Le peuple paie un milliard à la loi ; il ne paierait pas deux millions aux ordon- pances d’un ministre. Avec les taxes illégales naîtrait un Hampden pour les briser ! Hampden ! faut-il encore que nous rappelions ce nom de trouble et de guerre ! Malheureuse France! Malheureux Roi ! »

(1) L’Apostolique, journal le plus avancé de l’opinion religieuse, disait :

« La source du mal vient d’une Charte impié et athée et de deux milliers de lois rédigées par des hommes sans principes et par des révolutionnaires. La religion, la justice et Dieu nous commandent d’anéantir tous les codes que l'Enfer a vomis sur la France. »

Le Drapeau blanc disait : « Si les ministres ont la majorité, ils sauveront le Trône avec Elle ; s'ils ne l'ont pas, ils le sauveront sans Elle. »

La Gazette de Fran:e était plus modérée : « Plus de concessions, plus de réaction. Si les principes que professent les hommes sont un symbole pour l'opinion publique, elle ne peut se tromper sur le sys tème dans lequel le Gouvernement du Roi est entré : guerre aux factions qui voudraient troubler l'Etat ; paix aux opinions inoffensives j tolérance pour tout ce qui respectera l’ordre public et la loi ; attache. ment aux institutions; liberté entière dans l’ordre moral et intellectuel ; mais répression inflexible et légale des excès de la presse; sécurité au dedans et dignité au dehors. »

moins d'avoir perdu le sens commun, il ne saurait concevoir méme l'idée de briser la Charte et de substituer le régime des Ordonnances à celui des lois. Charles X, en présence de l'accueil fait à son ministère renonça à un voyage en Normandie. La Dauphine alla à Rouen et aux environs. Le Dauphin se rendit à Cherbourg pour inspecter lestravaux du port ; ils furent reçus froidement. Au contraire, La Fayette à Grenoble et à Lyon fut accueili avec un grand enthou- siasme.

Le Journal du Commerce proposa le premier un projet d'association pour le refus de l'impôt. Ce document fut repro- duit par plusieurs feuilles de l'opposition. Les députés de Paris la signèrent, Le Gouvernement exerça des poursuites qui aboutirent à des acquittements.

En présence de ces difficultés,le Pouvoir ne savait que faire.

Charles X était un caractère sans force, dit Vaulabelle, un esprit sans volonté et il voulait exercer une influence directe et personnelle sur son Gouvernement. Son ministère, privé d'homogénéité, allait encore voir empirer sa situation. M. de la Bourdonnaie se retira sous prétexte qu'on voulait donner un président au ministère. On pensa encore à M. de Villèle. Charles X crut que ce serait une bravade avant la rentrée des Chambres. M. de Montbel fut nommé ministre de l'Intérieur et remplacé à l'Instruction publique par M. de Guernon-Ranvil'e. Cela ne donnait pas au Ministère plus d'habitude des affaires et tout ce qu'il faisait était critiqué (1). C'estalors que M. le ministre d'Haussez adressa

(4) Le Vational, dans un article de septembre 1830 intittulé « La Comédie de quinze ans », disait contre le Gouvernement des Bourbons : « II n’y avait pour les cœurs indépendants qu’une seule attitude : l’hostilité. Toute la politique, pour les journaux comme pour l'oppo- sition, dans la Chambre, cousistait toujours à vouloir ce qu’il ne voulait pas, à combattre ce qu’il demanduit, à repousser tout bienfait offert par lui comme cachant une trahison secrète; en un mot, à lu rendre tout gouvernement impossible afin qu'il tombât; et c'est par là, en effet, qu'il est tombé. Armand CanreL. »

2 AQ'e= à ses collègues un mémoire où, en présence de l'indécision de l’une des deux Chambres et de l'hostilité de l’autre, il examinait si au cas les Chambres refuseraient de voter l'impôt on ne pourrait pas les dissoudre et le faire percevoir par une Ordonnance royale.

La situation était grave et difficile. Louis XVIII, par l'Ordonnance du 15 septembre 1816, avait porté un coup à la Monarchie: Charles X, en dissolvant la Chambre septennale, avait aggravé la situation. Le ministère Martignac, par ses concessions, avait accéléré la marche de le Révolution. M. de Polignac n'avait pas le talent nécessaire pour l'arrêter (1); il aurait fallu au Roi un ministère dévoué qui ne fut pas impopulaire et qui fut en même temps énergique et adroit. En présence dela division des Royalistes, ce n'était pas facile, et nous allons voir qne M. de Polignac (2) et ses collègues n'étaient pas à la hauteur de la situation, et ne purent empècher la catastrophe qui allait faire disparaitre la Monarchie légitime.

Le pape Léon XII mourut le 10 février 1829et fut remplacé par Pie VIII.

Celui-ci, à cette occasion, accorda un jubilé universel par un bref du 18 juin 1829. L'évèque d'Arras le publia dans un mandement du septembre et en annonçant cette faveur du Saint-Siège (3) indiqua les moyens d'en profiter (4).

({) M. de Genoude écrit : « Le prince Eugène disait : « Si on nomme Catinat, nous sommes battus: si on nomme Villars, nous nous battrons; si c'est Villeroy, je le battrai. Villeroy c’était Polignac.»

(2) M. de Polignac avait en Angleterre étudié le commerce et l’in- dustrie : aussi il en profita pendant son ministère pour faire à ce sujet des règlements. Des traités avantageux pour la France furent conclus avec la Prusse, la Suëde, les État-Unis, etc.

(3) Voici le commencement du mandement de Mgr de La Tour d'Auvergne daté du 4er septembre 1829 :

« Du haut de la chaire apostolique la divine Providence vient de l'appeler, l’auguste successeur de Léon XII, N.T. C.F., s’est empressé

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D'après les prescriptions de l'archevèque de Paris, Mgr de La Tour d'Auvergne avait fait célébrer un service dans

de faire descendre sur le monde chrétien les plus riches effusions de la grâce ; et, à l’exemple de ses vénérables prédécesseurs, il a voulu signaler son exaltation par l'annonce solennelle d’un Jubilé et par la dispensation extraordinaire des Indulgences que l'Église a attachées à ces Jours de salut.

» Quel tems fut jamais plus propre que celui nous sommes à émouvoir la sollicitude du Père commun des fidèles, et dans quelle circonstance le besoin de propitiation et de miséricorde se fit-il mieux sentir ? Gardien vigilant de la maison d'Israël, le nouveau Vicaire de Jésus-Christ a vu le troupeau qui lui était confié, attaqué de toutes parts; il n’a pu considérer sans effroi la religion en quelque sorte ébranlée par la défection ou la révolte d’un grand nombre des siens ; la violence, la calomnie et la ruse conspirant à l'envi contre le peuple de Dieu ; l'orgueil de la science, la soif des richesses et des honneurs, la fièvre des innovations tourmentant la génération présente et causant plus de maux à l'Église que ne purent lui en causer autrefois les plus horribles menaces et le glaive persécuteur des tyÿrans.

» Aussi, N.T.C.F., au milieu de cette corruption devenue presque générale, au milieu de ces orages sans nombre et de ces tempêtes tumultueuses qui groudent et s'agitent autour de la barque miracu- leuse de Pierre, nc comptant ni sur sa force ni sur ses-vertus, mais reconnaissant que du Ciel seul peut venir la véritable sagesse et la véritable lumière, ce Pasteur fidèle, ce Pasteur selon le cœur de Dieu, vous demande le secours de vos plus ferventes supplications, afin que son pontificat encouragé, soutenu, vivifit par les bénédictions du Père céleste, procure plus efficacement la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes que cet Homme-Dieu a rachetées de son sang.

» Gardez-vous de résister, N. T. C. F., à d'aussi pressantes sollici- tations, et ne différez pas d'entrer dans les voies du repentir et de la justice chrétienne. Votre sanctification particulière, l'avancement du royaume de Dieu, le triomphe de l'Eglise catholique, tels sont Îles grands intérêts que vous avez à traiter dans ce moment, et qui vous sont particulièrement recommandés par le Souverain Pontife que le Seigneur dans sa miséricorde a accordé à nos vœux. Ne dites pas: Mes affaires sont trop multipliées, et je n'ai pas assez de tems pour prier et me réconcilier avec Dieu. Outre que la premitre et la plus importante de vos affaires cst celle de votre réconciliation et de votre salut. nous avons à desscin retardé l’ouverture du Jubilé dans ce Diocèse, et nous l'avons fixée après les travaux pénibles de la moisson,

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toutes les églises de son diocèse; à tous les saluts, on devait chanter le Vens Creator et après l'élection du nouveau pape, le Te Deum.

pour ôter au pécheur ce prétexte frivole dont il aurait pu colorer son insensibilité. Ne dites pas non plus : Mes péchés sont trop grands et qui sait si Dieu me pardonnera. Ignorez-vous la parabole de l'Enfant prodigue ? Auriez-vous oublié qu'il y a plus de joie dans le Ciel pour la conversion d’un pécheur que pour la persévérance de quatre-vingt- dix-neuf justes ? O vous qui vivez égarés depuis long-tems dans les voies de la perdition, hâtez-vous de correspondre à la grâce ; entrez au plus tôt dans la carrière de pénitence qui vous est ouverte. Purifiez vos cœurs. Renouvelez-vous en esprit et dans l’intérieur de vos âmes. Que la faim et la soif de la justice vous fassent surmonter tous les obstacles: et pénétrés de cette vérité éternelle, que le Ciel ne s'accorde qu’à la violence, pressez Dieu, s'il se peut, jusqu'à l’importunité, et mettez-vous en état de profiter de la rédemption qui approche.

Il est vrai, N.T.C.F., que dans aucun tems de la vie, le Seigneur n'exclut personne de la participation à ses bienfaits. Celui qui a créé l'homme connaît toute la fragilité et la faiblesse de l'ouvrage de ses mains, et il ne nous laissera jamais sans défense contre les attaques de ce lion rugissant qui tourne autour de nous pour nous dévorer : mais telle est l’économie de sa providence, qu'afin de nous tenir tou- jours en haleine, il se contente de répandre ordinairement sur nous ses dons avec une sage réserve ; aujourd'hui, au contraire, il n’écoute que la voix de sa miséricorde, ses bras sont ouverts, ses mains sont pleines de grâces; il ne met aucunes bornes à sa bonté, et ses vives sollicita- tions nous pressent de la manière la plus énergique de revenir à lui.

» N’endurcissez donc pas vos cœurs, N.T. C. F., et ne recevez pas en vain la grâce de votre Dieu. Il est tems, comme dit l’Apôtre, de vous réveiller de votre assoupissement et de sortir de l'ivresse des passions. Il est tems de dépouiller le vieil homme et ses œuvres pour vous revêtir de l'homme nouveau. Le seul moyen de repousser les traits enflammés de Satan, c'est de prendre en main les armes du chrétien, c'est-à-dire la foi, l'espérance et la charité. Enfin, pour nous servir des paroles qu'adressait autrefois à son peuple l’éloquent Évêque de Clermont : « Ne bornons pas surtout (comme il nous est arrivé » peut-être jusqu'ici) le fruit de ces jours de propitiation à quelques » démarches passagères de pénitence. Ne nous flattons point que nos » fautes soient expiées, si elles n'ont pas été détestées ; ne croyons pas » que les grâces de l'Eglise nous aient purifiés, si elles ne nous ont » pas changés; ne comptons sur son indulgence qu'autant que nous

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Quel effet produisaient les évènements politiques sur l'opi- nion dans notre département? Le Gouvernement, comme nous l'avons vu, en 1828, avait demandéau Préfet deluifaire parvenir chaque trimestre un rapport. En 1829, il l'exigea chaque mois. « Il avait besoin, disait-il, de ses observations personnelles sur un objet il importe que le Gouvernement soit toujours exactement informé. »

C'est ce que demandait aussi le chef du Cabinet du Minis- tre, le 6 août 1829, au moment de la chûte du Ministère. On devait indiquer également l'esprit des troupes canton- nées dans le département, la situation du commerce et des manufactures, la misère publique et les autres évènements importants.

Le vicomte Blin de Bourdon se conforma à ces instruc- tions, et, pour rédiger son rapport, il en réclama un chaque mois de ses Sous-Préfets. Ils ont été en partie conservés.

» pouvons compter sur un sincère repentir. Ses largesses sont des » moyens de conversion, et non pas des prétextes d’impénitence ; elles » nous applanissent les voies saintes; mais elles ne nous dispensent » pas d’y marcher. Ce sont les secours de notre faiblesse, et non pas » les excuses de notre lâcheté : le sang de J.-C. d'où elles coulent, » porte toujours avec lui le sccau et le caractère de la Croix ; et le » prix qui nous rachète et qui nous délivre, ne peut effacer l'obli- » gation de souffrir ce que lui-même nous impose (MassiLzon. Man- » dement sur le Jubilé). »

(4 p.18) Voici les conditions indiquées per le Souverain pontife: Dans le courant de deux semaines 10 il fallait visiter deux fois une des églises désignécs et y prier avec dévotion pendant quelque temps ; jeuner le mercredi, le vendredi et le samedi de l’une des deux semaines ; confesser ses péchés ; 40 faire quelques aumônes aux pauvres. Mgr de la Tour d'Auvergne désigna. comme églises à visiter, l’église paroissiale ou la plus voisine du domicile des fidèles ; on devait y réciter cinq Pater, cinq Ave, et le Gloria Patri ou quelques autres prières indiquées dans un petit livre publié par l’évêque à l'occasion du jubilé de 1826. Les jours de jeûne étaient fixés aux 23, 25 et 26 septembre 1829. Le jubilé, commencé le 20 septembre, se terminerait le dimanche 4 octobre. Après les vépres, on devait chanter ce jour-là le 7e Deum avec un salut,

Cet administrateur était un royaliste dévoué à la Monarchie légitime. On comprend son embarras quand il fallait rendre compte de l'effet produit sur l'opinion publique par la condes- cendance du Ministère pour le parti libéral. Cette politique lui semblait, sans doute, fächeuse, mais il ne voulait pas blâmer son Gouvernement et les Ministres dont il dépendait. Ses rapports, comme ceux des années précédentes, sont courts. Il se contenta souvent de dire que l'opinion publique était assez bonne. Il est vrai que la masse des populations restait rovaliste et indifférente aux évènements; mais la classe aisée qui faisait les élections s’en occupait beaucoup, et les journaux, surtout ceux appartenant à l'opinion libérale, étaient répandus et lus. Le parti bonapartiste faisait aussi un peu de propagande et le Gouvernement l'avait signalé aux Préfets.

Les Sous-Préfets, comme le Préfet, avaient les mêmes raisons pour paraitre contents. Les rapports de M. Delaage, sous-préfet de Saint Omer, du baron Le Cordier, sous-préfet de Boulogne, de M. Denormandie, sous-préfet de Béthune, qui se disait un vicux rovaliste, depuis longtemps dans le pays, de M. du Blaisel, sous-préfet de Montreuil, du mar- quis d'IJumerœuille, sous-préfet de Saint-Pol (1), se ressem-

(4) Voici les principaux rapports du Sous-Préfet de Béthune :

Il écrivait le 4 janvier 1829 : « La nouvelle loi électorale n'a fait d'abord aucune impression dans ce pays; mais, lorsqu'on a vu dans chaque canton un agent, et quelquefois plusieurs, chargés spéciale- ment de recucilhr les extraits de rôles de certains électeurs, se donner tous les mouvements possibles pour vaincre leur indolence, et aller même jusqu'aux sommations, alors on a reconnu que l'affaire était plus sérieuse qu'on ne l'avait imaginé tout d'abord. Une chose fort remarquable, c’est que les agents dont il s'agit sont tons de la même opinic a (libéraux): que le parti contraire (monarchique) n'en a de son côté c'nployé aucun et qu'il e:t resté dans une inaction complète. Aussi l'opinion générale est-elle que, s'il ÿ avait de nouvelles élections, le parti indolent serait vaincu, et la majorité actuelle de la Chambre des

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blent et disent que le département est calme, heureux, tranquille et dévoué au Roi, s'occupant peu de politique. La loi sur l'administration départementale et communale a

Députés considérablement augmentée, c’est-à-dire que le parti qui triomphe serait encore plus en force.

La loi qu’on prépare sur l'organisation municipale et départementale est venue encore augmenter les agitations et l’inquiétude. Ce n'est pas à beaucoup près que tout le monde en aperçoive les conséquences; mais les moins éclairés sentent qu’elle doit apporter de grands chan- gements dans l'administration actuelle, et ils sont impatients de savoir en quels termes elle est conçue et quel sera le résultat de la discussion. Quant à ceux qui voient plus loin, ils sont convaincus que cette loi doit avoir une influence décisive sur le sort de l'Etat. »

Il écrivait le 27 mars 1829 : « Deux choses en ce moment occupent d'une manière particulière les habitans de ce pays : ce sont les lois sur l’organisation municipale et départementale, et la cherté des grains. Aiasi que j'ai déjà eu l'honneur de vous le marquer, les esprits sont fort divisés sur les lois en question : les uns, et c’est le plus grand nombre, les trouvent superbes et y applaudissent de toutes leurs forces; les autres, au contraire, n’y voient rien que de dange- reux. Les premiers pensent qu’il est juste de satisfaire les exigences du moment et, de quelque manière que les choses se passent, ils ne trouveront jamais les concessions trop larges; les seconds s’effrayent de la seule idée de l'élection par les habitans des conseillers munici- paux et de ceux du département. Ils disent, qu'après tant de conces- sions faites par la Charte et depuis, on ne saurait plus en faire aucune sans compromettre la Royauté et par suite la sûreté de l'État ; qu'avec la liberté illimitée de la presse, la nouvelle loi électorale et la composi- tion de la Chambre des Députés, la moindre concession tendant à fortifier le parti populaire ne peut qu'être funeste ; que la nomination par les citoyens des conseillers dont il s'agit porte atteinte à la Charte qui avait spécialement réservé ces nominations au Roi; que si tout se bornait le mal pourrait n'être pas sans remède; mais que ce n'est évidemment qu’un premier pas, que plus tard le parti voudrait avoir la nomination des maires et des adjoints, celle des prétets et sous-préfets et peut-être même leur suppression et leur remplacement par des admi- nistralions collectives ainsi que cela s'est pratiqué sous la Révolution ; qu’alors la Royauté, dépouillée de tout appui, sera facilement vaincue. Îls s’étonnent de voir qu'on reproduise en ce moment les mêmes lois qui oat servi à détruire la Monarchie ; enfin ils disent que tout Gouverne-

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occupé un certain nombre de personnes, les unes pour la blâmer, les autres pour lu louer. On était impatient d'en connaître les dispositions, pour savoir par qui seront faites

ment constitutionnel se compose de trois principes, savoir : du monar- chique, de l’aristocratique et du populaire ; que la Charte les avait sagement combinés, qu'on ne peut augmenter l’un sans affaiblir les deux autres et rompre ainsi l'équilibre, et c’est ce que daivent néces- sairement faire les lois sur l’organisation municipale et départementale.

Tels sont, Monsicur le Préfet, les discours que l’on tient en ce moment ; entre ces deux partis opposés s’en trouve un troisième : les gens qui le composent sont des espèces d’optimistes, ils sont persuadés que tout ira bien. Que dans toute la France il n'y a que des gens sages, honnêtes et paisibles; qu’à la vérité il y a un peu de chaleur dans la Chambre des Députés, mais que tout cela se calmera, que les gens raisonnables s’entendront et que le Ministère parviendra à taire passer les lois telles qu'il les a présentées. Ce qui a eu lieu au sujet de la question de priorité, les a un peu déconcertés, il est vrai. Mais cela s’est bientôt passé, et ils persistent à voir tout couleur de rose. Je désire de tout mon cœur qu'ils aient raison. »

Le 7 avril, ce mème Sous-Preéfet écrit : « La situation dont je vous ai parlé n’a point éprouvé de changement. On suit toujours avec le plus grand intérêt la discussion sur la loi départementale ; et cha- cun, selon sa manière de voir et ses sentimens particuliers, triomphe ou est abattu. Le résultat fera connaître ceux qui auront bien ou mal deviné, mais il ne changera rien aux opinions. Chacun conservera la sienne. Îl n’y aura que l'application (si toute fois les lois passent) qui pourra faire connaître si elles sont bonnes ou mauvaises, et surtout si elles sont appropriées au tems ct aux circonstances. »

M. Denormandie écrit le 41 avril 4829 : « Enfin les lois sur l’orga- nisation municipale et départementale sont retirées. Le ciel en soit loué, car il n’en pouvait rien sortir que de funeste. Au point nous ea sommes, ce n’est point l’autorité du Roi qu'il faut affaiblir : on ne saurait au contraire trop la fortifier. C'est notre sauve-garde à tous, quelles que puissent être d’ailleurs les opinions.

Cette mesure doit nécessairement produire un grand effet ici, comme partout ailleurs. J'aurai soin de vous rendre compte de tout ce qui viendra à ma connaissance. »

Ce mème Sous-Préfet écrit le 11 mai 1829 : « La dernière fois que j'ai eu l’honneur de vous écrire, relativement à l'esprit public de cet arrondissement, les lois sur l'organisation municipale et départemen-

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les nominations aux fonctions départementales et commu- nales. Actuellement, le parti libéral était très partisan de cette loi. Son retrait n'avait causé aucune émotion dans le

tale venaient d’être retirées. Je vous ai annoncé alors que cette mesure produirait ua grand effet ici comme partout ailleurs. Effectivement j'ai vu des mines fort allongées ; mais, en revanche, j'en ai vu d’autres épanouies et rayonnantes de joie. Depuis que les feuilles publiques parlent de la dissolution de la Chambre des Députés, les rôles com- mencent à changer. Il faut espérer, toutefois, qu'on ne commettra pas une si grande faute. J'ai déjà eu occasion de m'en expliquer dans le rapport que je vous ai adressé immédiatement avant l'ouverture des Chambres. Tout ce que j'ai vu l’année dernière, lors que nous avons recueilli les nouveaux extraits de rôles, m'a convaincu que s'il y avait de prochaines élections, elles seraient, pour la plupart, favorables au côté gauche. Depuis lors, les choses n’ont point changé. Elles ne se sont que plus fortement prononcées. Le résultat ne serait aujour- d’hui que plus décisif. »

Ce mème Sous-Préfet écrit le 5 août 1829 : « L'arrondissement de Béthune est entièrement agricole, Tout ce qui concerne l’agriculture passe, pour lui, avant tout le reste. Depuis six semaines, environ, on n’y est occupé que de la prochaine récolte. Sera-t-elle bonne ? Ne le sera-t-elle pas? Sera-t-il même possible de la faire ? (car les choses vont jusque-là pour certains produits) Voilà ce que l’on se demande l’un à l’autre. Voilà ce qui occupe nuit et jour les habitans de ce pays. Vous sentez qu’au milicu d'intérêts si grands et si pressans, les ques- tions de la politique trouvent infiniment peu de place. S'il ne s'agissait donc que de la grande majorité des habitans, je vous dirais qu’on ne s’occupe plus ici depuis longtems de ce qui a rapport à la politique. Mais il y a toujours dans les villes, et parmi la population riche des campagnes, des hommes pour qui c’est un besoin de s’occuper des affaires de l’État, et qui se réjouissent ou s’affligent selon qu’elles marchent ou non suivant leurs idées. Ce sont ces hommes qui me fourniront la matière de mon rapport.

La session des Chambres est close, et chacun peut aujourd'hui raisonner sur ce qui s’est fait. S'il faut s'expliquer avec franchise, aucune attente n'a été remplie. Les uns trouvent que la session n’a rien tenu «ic ce qu'elle promettait. Les autres sc félicitent de ce qu’elle a mieux tourné qu'ils ne l'espéraient. Les premiers ont été accablés dans le premier moment, par le retrait des lois municipale et dépar- fementale ; mais, depuis, ils ont repris courage et ils sont fermement

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Pas-de-Calais la plus grande partie de la population était toute occupée des travaux des champs. La cherté du blé avait occasionné la misère sans causer de désordre. Le

convaincus aujourd'hui que ce n’est qu’un ajournement et qu’à la prochaine session la loi sera reproduite telle qu'ils la désirent. Les seconds se flattent du contraire. Ils espèrent que le Gouvernement, mieux éclairé, ne reproduira pas cette loi qu'ils qualifient de funeste, et qui, selon eux, doit nous conduire tout droit au peuple souverain. Ils disent que si, avec la liberté de la presse, la Chambre des députés, la nouvelle loi électorale, les Comités directeurs, etc., les citoyens ont encore le droit de nommer leurs Maires et officiers municipaux, ou bien même de les désigner à l’autorité souveraine qui sera tenue de faire un choix parmi les candidats, l’équilibre du Pouvoir que veut la Charte et qui est déjà si fortement compromis, sera entiérement rompu et que la démocratie débordera de toutes parts. Ils redoutent surtout ces assemblées populaires qui auront lieu à chaque instant sur tous les points de la France, à cause des vacances continuelles occasionnées par les démissions, décès, changemens de domicile, et ils ne peuvent pas se persuader que le Gouvernement puisse se décider à reproduire une loi qui, de quelque façon qu'on l’accommode, ne peut que produire de funestes résultats.

La question du renouvellement de la Chambre des Députés qui, il y a quelque tems, a été mise en avant dans les journaux, occupe aussi les esprits, mais beaucoup moins. Ceux qui désirent le plus ce renouvellement, ne peuvent se persuader qu'il ait lieu, et ceux qui le redoutent, se persuadent que le Gouvernement n'y donnera pas les mains, à moins cependant qu'il ne change la loi des élections, ce qui à leur sens serait un grand bien.

Depuis quelques jours, on parle de changemens dans le Ministère. Les opinivns se partagent à cet égard comme sur tout le reste. Les uns ajoutent foi aux bruits, les autres n’y croient pas. Les uns s’ea affligent, les autres s’en réjouissent. Tout cela, comme vous le voyez, est fort mêlé, et il n’est pas facile de reconnaitre de quel côté est le plus grand nombre. Au reste, il y en a beaucoup qui pensent que, s’il y avait un changement de Ministère, il ne serait que partiel, et qu'ainsi la marche actuelle du Gouvernement n’en scrait pas beaucoup affectée; ce qui, disent-ils, serait un avantage, attendu que les transi- tions trop brusques sont funestes au moral comme au physique, et qu'il faut les préparer avec prudence et ménagement.

Voilà, Monsieur le Préfet, tous les bruits et propos qui circulent dans ce pays. Mais, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, ce

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maintien du monopole des tabacs avait été accueilli avec satisfaction par les planteurs nombreux dans le Pas-de- Calais.

n'est que la très petite partie de la population qui s'en occupe. Les quatre-vingt-dix-neuf centièmes ne songent qu’à leurs affaires parti- culières, et surtout à la récolte qui jusqu'ici a présenté les plus belles apparences mais qui, d’un moment à l’autre, peut être compromise si les pluies, qui durent depuis si longtems, ne cessent pas enfin et si elles ne font pas place au beau tems qui est vivement désiré. »

Ce même Sous-Préfet écrivait le 17 août 1829 : « J'ai reçu à la foiset la copie manuscrite de la circulaire de S. E. le Ministre de l'Intérieur qui accompagnait la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 45 du courant, et le numéro de la gazette qui contenait cette même circulaire. À l'heure qu'il est tout le monde doit en avoir connaissance et je puis vous assurer, qu'après l'avoir lue, les fonctionnaires de toutes les espèces proclameront hautement leur attachement au Roi et à son auguste famille. Voilà l'avantage d'avoir affaire à des gens qui s'expliquent clairement. On sait ce qu'ils veulent et l'on agit en conséqueuce. Il n’en était pas ainsi sous le Ministère équivoque qui vient de finir. On ne savait pas ce qu'il voulait et je crois qu'il aurait été bien embarrassé de le dire lui-même. Heureusement nous en sommes débarrassés; mais, quoiqu'il n'ait pas duré longtems, son existence n’a cependant été que trop longue. Il faudra bien du tems pour réparer le mal qu'il a fait, si toutefois on peut y parvenir. Nous voilà sùrs, du moins, qu'on ne reproduira pas, à la session prochaine, cette loi révolutionnaire sur l’organisation municipale et départemen- tale qui nous aurait conduits tout droit au peuple souverain. Je vous réponds des fonctionnaires de cet arrondissement. Je vous réponds mêine des libéraux, quoiqu'ils soient fort mécontents. Ils ne bougeront pas. Que le Gouvernement nous soutienne et nous le soutiendrons! »

M. Denormandie écrivait le 6 septembre 14829 : « Déjà, dans ma lettre du 5 août dernier, j'ai eu l'honneur de vous faire connaitre l'impression produite par la nomination du nouveau Ministère. J'ai reconnu depuis que je ne m'élais pas exprimé avec assez de force. Les Royalistes et tous les gens qui veulent la paix et le repos sont enchantés. Quant aux libéraux et aux artisans de trouble et de discorde, ils nc sont pas seulement mécontens, ils sont furieux. J'ai eu occasion de m'en convaincre particulièrement. Ce n'est pas simplement avec inimitié et colère qu'ils parlent des nouveaux Ministres, c'est avec fureur et rage. Ils les tueraient, je crois, s’ils le pouvaient. Les Minis-

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Mais, ce qui domine, c'est l'optimisme. Pourtant, d'après le Sous-Préfet de Béthune, la chûte du Ministère Martignac

tres feront donc bien de ne pas les ménager, car ceux-ci ne les ména- geront pas. Îls sont bien décidés à faire tout ce qu'ils pourront pour les renverser. j

Une chose aussi dont j'ai eu lieu de me convaincre dernièrement, c'est le mal affreux qu'ont fait les journaux révolutionnaires. Je le croyais bien grand, mais je l'ai trouvé plus grand encore. Ce n'est pas seulement les dernières classes qui ont été infectées, le mal a atteint même une partie des gens aisés et honnêtes. Lorsque je me reporte à ce que j'ai vu quand je suis arrivé ici en 4845, je ne puis m'empêcher d’être effrayé. Combien de fautes on a commises depuis ce tems !

Que le Ministère fasse donc tous ses efforts pour avoir la majorité dans la Chambre des Députés, car s’il ne l’obtient pas, il se trouvera, ainsi que nous, dans une position fort critique. De nouvelles élections, s’il fallait y avoir recours, donneraient, selon toutes les apparences, une Chambre encore moins bien disposée que celle actuelle ; car la majorité des électeurs est travaillée depuis longtems, je dirai même qu'elle est aveuglée. Pour avoir la preuve de ce même mauvais esprit, il suffit d'examiner ce qui se passe au sujet des journaux, car c'est principalement cette classe qui fournit les abonnés. Combien y a-t-il de journaux royalistes, et combien de libéraux ou révolutionnaires ? On ne peut pas même faire de comparaison. Or, tous ces journaux se soutiennent, tous ont de nombreux abonnés. Il est donc clair que ce qu'ils disent trouve de nombreux partisans. Ce serait bien vainement qu’on prétendrait mettre en regard la quantité d'abonnemens d’une ou de deux feuilles royalistes. Que font ces abonnemens, quelque nom- breux qu'ils puissent être, contre la masse des autres ? Que signifie d’ailleurs le nombre des abonnés ? C’est celui des lecteurs qui fait tout, et les feuilles qui font des appels aux passions de la multitude, doivent en avoir et en ont beaucoup plus que les autres. Voilà ce qui rend la liberté, ou plutôt la licence de la presse si dangereuse au sortir des révolutions. C'est ce que n'ont pas apperçu ceux qui ont accordé si imprudemment cette liberté et ceux qui l’ont accrue depuis. Si l’on n’y pourvoit promptement, le mal deviendra sans remède. Il est tout entier. Qu'on ne le cherche point ailleurs ! En mettant des entraves salutaires à la liberté d'écrire, l'esprit public deviendra meilleur. Il se calmera si l’on cesse de l’agiter. Jusques là, tout ce que l'on pourra faire pour parvenir à ce résultat, sera sans effet. Comment guérir une plaie dans laquelle on verse à chaque instant du poison ? Quel est

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fut accueillie avec plaisir par les royalistes (1). A mesure que le temps marche et que l'opposition grandit, la satis- faction des Sous-Préfets est moindre. Mais il faut s'étonner qu'ils n'aient pas jugé à sa valeur le travail souterrain, continuel et intelligent fait par les libéraux et leurs journaux pour attirer à eux les électeurs douteux et renverser la Monarchie légitime. Ces fonctionnaires se firent bien des illusions que j'’année 1830 allait, hélas! dissiper.

D'après le Sous-Préfet de Boulogne, le discours du Roi avait produit l'effet le plus heureux. Il annonçait aux Cham- bres le dépôt d'une loi relative à l'organisation départe- mentale et communale; on désirait la connaitre. Les uns étaient effrayés de voir le pouvoir central perdre une partie de son autorité; les autres y trouvaient une plus grande indépendance dans l'administration de la commune (2).

l’homme sage qui pourrait l'entreprendre ? Il n'y aurait qu’un insensé qui pourrait s’en flatter !

Je sais qu’au point ou les choses sont arrivées, le remède est fort difficile. Tous les Ministères qui se sont succédé jusqu’à ce jour ont fait des fautes. Le dernier en a commis à lui seul plus que tous les autres ensemble ; et si les libéraux n'avaient pas été assez aveuglés pour rejeter la loi sur l’organisation municipale et départementale, le mal aurait été bien plus grand encore. Les Ministres actuels ont donc recueilli un héritage hérissé d'embarras et de difficultés. Dieu veuille qu'ils s’en tirent heureusement ! Personne ne le désire plus que moi.»

(1) Le Propagateur, dans un article sur les divertissements de la Fête d'Arras, disait que le Jeu d’équilibre était bien à propos rappelant la chûte du Ministère Martignac; comme le Jeu de tamis, la majorité législative ; la « Course en sacs » faisait penser à ce Ministre ainsi qu’à MM. de Polignac, de Bourmont et de la Bourdonnaic.

(2) Voici les extraits des rapports du Sous-Préfet de Boulogne; il avait fait en 4828 un rapport peu optimiste.

Il écrivait le 3 juin 4829 : « En général, il y a inquiétude ; on ne comprend pas bien est la majorité et ce que veut la majorité dans la Chambre élective. La dernière loi sur les élections semble incomplète, on pense que comme puur le jury il aurait y avoir une disposition qui obligeàt les électeurs à venir voter. Les hommes sages et modérés approuvent la loi présentée sur la presse et ne la trouvent pas trop

en)

D'après ce fonctionnaire, l'esprit des troupes à Calais et à Boulogne était bon; il yavaitune division au campd Helfaut.

Le rapport du Sous-Préfet de Saint-Omer signalait les sollicitations faites par les libéraux auprès des députés dont le rovalisme était tiède pour les gagner à leur cause. M. Le- sergeant, disait-il, ne se laissera pas entrainer : il setrompait. Ce Sous-Préfet envoya une curieuse étude sur le caractère des habitants de son arrondissement (1).

sévère dans ses dispositions pénales. Les intentions des Ministres ne sont point méconnues: on comprend toutes les diificultés de leur position. Les contributions se paient hien et ne donnent pas lieu à plus de poursuites que les années précédentes. »

(1) Voici des rapports du Sous-Préfet de Saint-Omer :

1! écrivait le 5 janvier 1829 : « Sauf quelques exceptions que Je ne passerai pas sous silence, l'esprit public n'est guère susceptible de variation dans l’arrondissement de Saint-Omer, par le motif qu'il y a peu d’exaltation. En effet, quels sont les hommes qui changent facile- ment d'opinion ? Ce sont ceux qui ont la tête légère, les passions vives, et ici les têtes sont froides comme le climat. Le temps est consommé par les occupations domestiques et le soin des intérêts privés. Quand une réunion termine la journée, elle n’est qu’un sujet de distractiocs, et si la politique est parfois l’objet de la conversation, on ne s’aper- çoit pas que les nuances d'opinion aient un principe de froideur et d'irritation.

On attend avec curiosité le projet de loi sur les administrations com- munale et départementale ; on n’adopte pas la crainte de l’envahisse- ment de la démocratie, ni le désir d’un affranchissement total qui aurait pour résultat de priver les maires de l'appui et des conseils qu'ils demandent et dont il est certain que la plupart auront constam- ment besoin.

Les habitants de l'arrondissement sont dévoués au Roi et confiants dans la sagesse de son Gouvernement, et ainsi ils ne peuvent espérer ni craindre l'abandon d’une action dont l'exercice est nécessaire à l’'uniformité et à la régularité.

Ce qu'on désire et qu’on doit désirer est la levée des entraves qu'ap- porte aux plus petites affaires la longueur des formalités; mais, pour l'obtenir sans perdre la garantie opposée à l'arbitraire et au défaut des connaissances, il faut que les législateurs aient quelque confiance dans les fonctionnaires préposés par le Roi pour l'administration des dépar-

so es

Les Sous-Préfets de Saint-Pol et de Montreuil étaient

tements et des arrondissements, et qui, n'ayant à s'occuper que des affaires publiques, peuvent éclairer, exciter ou maintenir leurs admi- nistrés et ne peuvent être guidés que par les sentiments de leur devoir.

Pour mieux faire comprendre ma pensée, j'exprimerai d'abord une observation générale. Qu'un électeur pense que, outre le droit de voter que lui donne la contribution qu'il paye, il a celui d'approuver ou de blämer un dépaté dans l'exercice de ses fonctivas, je le conçois; car la capacité d’un électeur a pour principe se fortune et son âge et nulle- ment son esprit; mais ce que Je ne conçois pas, c’est qu’un député, homme de sens et d'esprit, abdique le rôle noble et indépendant de membre d'un des Pouvuirs de l'État pour se faire le coryphée d'un parti et s'expose, en acceptant le témoignage de son approbation, à subir l'expression de son bläme. Il faut que l'amour-propre soit bien aveugle puisqu'il porte l’homme à se dépouiller de sa dignité. Plusieurs députés ont reçu les hommages d'électeurs qui font consister le courage à attaquer le passé qui n’est plus, parce que le mot courage résonne mieux que ceux de passion et d'ambition Dans ce nombre, on ne compte pas M. Lesergeant, et j'ajouterai même qu'on ne l'y comptera pas. »

Le Sous-Préfet de Saint-Omer, le #4 mars 1829, disait dans son rapport mensuel : « Peu de personnes m'ont parlé des projets de lois présentés et aucune d'elles n’a contesté le mérite remarquable des projets de lois sur l'administration communale et sur les Conseils d’arrondissements et de départements, ni l’inconvenance de l’idée de quelques publicistes d’entraver le libre choix des maires et adjoints. Assez de motifs plausibles ont déjà été opposés à cette dangereuse innovation et le seront encore si réellement elle est proposée à la tribune. Mais si cependant aux objections de principes peut être jointe une réflexion sur les situations particulières, J’observerai que dans quelques communes il faut nécessairement des maires tout à fait indé- pendants du choix des habitants pour que les intérêts communaux ne soient pas compromis. Ainsi, dans les communes de Brêmes et de Balinghem, l'élection composera les Conseils municipaux de proprié- taires et détenteurs de portions de marais tourbeux, et si les maires devaient nécessairement être choisis parmi eux, les intérèts des deux communes, qui sont déjà bien difficiles à défendre, seraient tout à fait sacrifiés.

J'ai entendu observer que la faculté donnée par l’article VI du projet de loi sur l'administration communale de choisir pour maire d’une commune rurale un contribuable non résidant, pourrait n'être pas

ire optimistes. Les rapports du premier affirmaient le rovalisme

exempte d’inconvénients. Quant à moi, je pense qu'il peut ètre quel- quefois très utile, mais rarement, et que, pour prévenir les prétentions mal fondées, il serait bon qu'elle ne fùt exprimée que comme possi- bilité d'apporter une dérogation à la règle générale dans l'intérêt d’une commune.

Il est évident que les Préfets, Secrétaires généraux de Préfecture et Sous-Préfets ne peuvent pas être maires, et je suppose que c'est à cause de cette évidence que l’article IX du projet ne les comprend pas dans la liste de prohibition. Mais il y a cependant une apparence d'omission que fait ressortir l’article XXXII.

Ces observations sunt de bien peu d'inportance, mais je crois qu’il est de mon devoir de vous les soumettre. »

Le 2 avril, ce Sous-Préfet écrivait au Préfet que les passions poli- tiques poussaient à lutter contre l’administration.

Rapport, de ce Sous-Prétet, du 3 juin 14829 : « Dans cet arrondis- » sement, les sentimens de respect et d'amour pour le Roi se mani- » festent dans toutes les classes. On y remarque, à l’époque des » élections, des différences d’opinions politiques; mais il est à consi- » dérer que l'opposition ne désire pas un changement d'institutions, » mais seulement la conservation entière de celles qui existent, et que » l'esprit d'indépendance n'a pour principes que l’amour-propre ennemi » des distinctions sociales et le désir d’être assuré de la conservation » de biens qu'on possède ou de leur partage égal entre les enfans.

» Que les esprits ne soient point agités, et ils resteront calmes ou » le temps calmera successivement ceux qu’un reste d'inquiétude tient » encore dans une agitation que font voir les élections. »

« Les nouvelles politiques et les discussions des Chambres occupent :

la classe éclairée ; mais c'est froidement qu'on les lit et qu’on en parle. Les esprits sont froids comme le climat. Il y a ici beaucoup de calme et peut-être trop; car on y trouve de l'apathie; mais les sentimens y sont bons. Le voyage du Roi les a mis en évidence et, renfermés main- tenant dans les cœurs, ils s’y conservent purs. »

Ce même Sous-Préfet écrivait au Préfet, le 4er août 4829 : « Les habitans de cet arrondissement sont en général flegmatiques. Les uns vivent tranquillement de leurs revenus ; d'autres se livrent à des occu- pations dont le but est d'augmenter leur aisance ou de pourvoir à leurs besoins et à ceux de leurs familles et il en est peu qui regrettent le passé, s'affectent du présent ou s’inquiètent de l'aveuir.

Ils sont religieux et Îles mœurs sont bonnes dans la classe supérieure de la société ; mais elles sont loin de l’être autant dans celle inférieure,

= de cet arrondissemerit (1), ceux du second disaient que Îles

Si vous avez quelquefois parcouru l’article des actes de l'état-civil qui termine chaque semaine la petite feuille de Saint-Omer, vous aurez été frappé du grand nombre de naissances d’enfans naturels et cependant beaucoup de mariages tardifs sauvent ca partie les apparences. Il y a peu de troubles dans les ménages, mais une habitude de relâchement de mœurs dans la jeunesse et une disposition dans les familles du peuple à en excuser les écarts. Ce n'est pas sculement dans les villes, mais aussi dans les campagnes et particulièrement près de Saint-Omer, que le mal existe. J'en attribue la cause première à l'apathie qui ôte à la raison l'empire qu’elle devrait exercer sur les passions et j'en trouve une secondaire et partielle danx la présence habituelle des régimens. Cette apathie cause aussi l'imprévoyance. Si un ouvrier gagne beau- coup, il dépense de mème, et quand le travail lui manque, il n’a que la charité pour ressource.

Dicposé à dépenser chaque semaine ce qu'il gagne, le peuple est habitué aussi à se contenter de peu. La classe ouvrière a beaucoup souffert l'hiver dernier et cependant, à l'exception du pillage d’un bateau de grains et d’un peu de mendicité nocturne, la tranquillité n’a point été troublée et elle a été promptement cet facilement mise à l’abri de toute inquiétude, par la régularisation des secours locaux prescrits par votre circulaire du 8 avril dernier.

Dans une classe plus élevée, sont des cultivateurs qui ne doivent l’aisance qu'à un travail assidu. Ceux-là, très nombreux, ont une conduite régulière et ne s'occupent, en général, que de leurs affaires domestiques. On peut mème leur reprocher quelquetuis la préference qu'ils leur donnent sur les affaires de la commune et qui rend parfois difficile la réunion suffisamment complète d’un Conseil municipal.

Dans les villes sont des marchands et artisans qui, la plupart, sont uniquement occupés de leur commerce ou de leur métier.

Les maoufacturiers entrent pour une très faible partie dans la popu- lation des villes et des campagnes.

Eofin les propriétaires vivant de leurs revenus sont nombreux, particulièrement à Saint-Omer.

Dans tous les détails qui précèdent, j'étais bors de mon sujet; mais je ne crois pas que ce soit mal à propos que je ne me sois pas restreint dans le cercle étroit que me traçait le sens des mots esprit public; car l'esprit public proprement dit est une disposition au mal ou au bien sur laquelle uce influence très grande est constamment exercée par le caractère des hommes et par leurs intérêts personnels.

Il faudrait ici une grande force pour faire mouvoir le peuple. Vous

op

habitants du pays s'occupaient beaucoup plus de culture que de politique (1). Tous ces rapports restaient dans les généralités.

vous rappelez sans doute que le jour de l'arrivée du Roi, les personnes qui accompagnaient Sa Majesté s'étonnaient du peu d'enthousiasme, mais qu'ensuite elles ont remarqué que pendant toute une semaine, l'enthousiasme s'est accru chaque jour. Il y a ici beaucoup plus d'atta- chement au Roi que de dispositions à le manitester, et dans les affaires publiques, on peul remarquer qu'il y a plus de soumission aux lois et règlemens que de zèle à s'occuper des intérêts de la localité.

Dans la classe moyenne de la société et dans les sommités sociales, chacun s'occupe de ses intérêts, mais avec calme, et les esprits n’y sont point, en général, agités comme dans quelques villes de France, par les spéculations hasardeuses. Il y a dans les villes des suscepti- bilités d'amour-propre, mais sans froissement et ce n'est guères que lors des élections, qu'elles sont mises en évidence. Alors, on voit paraître d'une part la crainte de l'envahissement de la démocratie et celle exagérée de ses conséquences, et de l’autre, la crainte chimérique ou peut-être simuléc du retour des privilèges, et avec ces sentimens sc compliquent les affections personnelles ; mais la discorde cesse avec le motif qui l’a fait naître.

Les nouvelles politiques intéressent, mais sans exciter la crainte ou l'espérance, et la belle saison étant un obstacle aux réunions, il ya maintenant peu de conversalions dont elles soient l’objet. Quelles que soient les nuances d'opinions politiques et l'influence que peut exercer sur elles la lecture des journaux, on trouve et on trouvera toujours dans l'arrondissement de Saint-Ouner, avec l'attachement pour le Roi, une disposition naturelle au calme et à la tranquillité qui est une forte garantie contre les dangers de l'effervescence. »

({ p. 33) Le Sous-Préfet de St-Pol écrivait confidentiellement au Pré- fet, le 7 janvier 1829: « Toutes les classes de la société paraissent ani- mées du désir de la paix. L'opinion publique n’a pas varié depuis un an; l'amour du Roi est dans toutes les bouches comme probablement dans bus les cœurs. Mais, en même temps que la marche du Gouverne- ment parait satisfaire le plus grand nombre et lui proinettre la stabi- lité et la prospérité, d'autres s'inquiètent, craignant que le parti libéral, venant à prendre trop d'importance, ne compromette la Monarchie légitime. »

I écrivait au Préfet, le 7 février 4829 : « L'opinion publique y est généralement bonne, et si tous les esprits ne sont pas d'accord sur les

= =

Les Bonapartistes étaient restés un certain nombre dans le Pas-de-Calais on se souvenait encore du camp de Bou- logne. On mettait en vente des objets qui rappelaient le

moyens d'arriver au plus grand bonheur de la France, tous, à peu d’exceptions près, sont franchement dévoués au Roi et à son Gouver- nement ; il est, au reste, peu de pays la politique occupe moins les esprits que dans cet arrondissement, au moins si je peux en juger par la ville chef-lieu dont l'opinion m'est plus particulièrement connue. »

Ce Sous-Préfet écrivait au Préfet, le #4 avril 1829 - « Il est bien difficile que, dans l'intervalle d’un mois à l'autre, l'esprit public subisse dans cet arrondissement une variation remarquable. Ces évènements n'ont ordinairement lieu qu'aux renouvellements d'élections. C’est alors qu’il est aisé d'apprécier dans quel sens ils se manifestent.

La loi sur le monopole des tabacs était pour l'arrondissement de Saint-Pol, entièrement livré à cette culture, un évènement d'intérêt majeur. Aussi en a-t-on vu la solution avec grand plaisir.

Les lois départementale et municipale occupent également Île public et notamment la dernière qui intéresse plus directement les habitants des villes et des campagnes. Il est du moins remarquable que l'opinion se range pour le projet du Gouvernement et que l'élection des maires et adjoints n'est invoquée que par les brouillons et les gens mal famés. »

Le 6 mai 1829, ce mème Sous-Préfet écrivait au Préfet : « La pré- sentation des lois départementale et communale, pour un moment, a occupé les esprits; mais il parait que généralement on a approuvé la conduite du Gouvernement. D'ailleurs, la composition actuelle des Conseils généraux et d'arrondissement comme celle des Conseils muni- cipaux prouve évidemment que l'administration ne s’est laissé dominer par aucun esprit d'exclusion. »

(4 p.34) Le Sous-Préfet de Montreuil écrivait le 6 janvier 1829 : « Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de vous le faire plusieurs fois connaitre, l'esprit public de cet arrondissement se compose des meilleurs éléments, bon sens, droiture, amour de l'ordre et du repos, affection sincère au Roi, à la religion et à la Charte. Beaucoup de modération dans les caractères et de douceur dans les mœurs : voilà le fond de l'esprit du pays; on peut cependant remarquer de l'exaltation dans quelques esprits; les uns, comptant sur une grande extension äes misères publiques et privées, attendent des changements qui doivent apporter de grandes améliorations dans l'état de la société; d’autres moins confiants ne croient ni à l'utilité, ni aux succès de ces changements,

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régime impérial et servaient de propagande pour son

et redoutent de les voir s’accomplir. Ces opinions, quelque vives qu'elles puissent être chez quelques personnes, ne dépassent point les limites posées par le Gouvernement pour le maintien de l’ordre ct de l’obéissance. Que dans toute la France il n’y ait pas que des gens sages, honnêtes et paisibles, qu’à la vérité il y ait un peu de chaleur à la Chambre des Députés, c’est exact, mais tout cela se calmera, les gens raisonnables s’entendront et le Ministère parvicndra à faire passer les lois telles qu'il les a présentées; ce qui a cu lieu au sujet de la question de priorité les a un peu déconcertés il est vrai, mais cela s'est bientôt passé et la plupart des personnes persistent à voir tout couleur de rose. Je désire de tout mon cœur qu'ils aient raison. »

Dans un rapport du 3 février 1829, il disait que le pays était calme, que l’arrondissement suivait les mouvements donnés mais n’en produi- sait aucun.

Le Sous-Préfct de Montreuil écrivait le 8 mars 1829 : « Aucun mouvement ne s’est manifesté durant ce mois dans la situation de l'esprit public, il est parfaitement stationnaire; cette situation assez naturelle au pays peut encore s'expliquer par la difficulté que la plu- part des habitants ont à comprendre les plaintes et les prétentions de l'opposition ; ils n’ont pas à se plaindre eux-mêmes, ils sont peu disposés à entrer dans les passions des partis. Je ne vois même pas que le projet de la loi municipale les flatte beaucoup : ils y voient du mouvement et du bruit plutôt qu’une amélioration réelle dans l'administration des communes. »

Ce Sous-Préfet écrivait, dans son rapport mensuel, le 2 avril 1829 : « Aucun changement n’est survenu depuis mon dernier rapport sur la situation de l'esprit public dans mon arrondissement. Les passions politiques ont peu de prise sur les hommes de ce pays. Je reconnais bien en quelques-uns des craintes et en d'autres des espérances; mais ces sentiments sont renfermés dans un très petit nombre d'individus. »

Ce Sous-Préfet écrivait au Préfet, le 3 avril 4829 : « L'opinion poli- tique est stable; ni les Journaux, ni les brochures, ni les mémoires ne la troublent. 1l faudrait des circonstances plus fortes pour lui causer quelque ébranlement. »

Il écrivait, le 7 mai 4829 : « L'esprit public n’est pas modifié. Le retrait des lois des communes et des départements a satisfait les hommes les plus éclairés. Il en a mécontenté quelques autres, mais il

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retour (1). Le Ministre de l'Intérieur avait fait une circu- laire du 10 octobre 1829 relative aux objets séditieux propres à troubler la tranquillité publique; il y eut une saïie à Arras qui amena une poursuite judiciaire contre deux m'rchansts; une vive polémique du Propagateur contre le Maire d'Arras, eut lieu pour justifier les accusées et attaquer le procédé dont on avait usé 8 leur égard (2).

a laissé indifférente la plus grande majorité qui comprenait peu ces lois. »

Ce Sous-Préfet écrivait, le 3 août 1829, au Préfet : « L’esprit de l'arrondissement de Montreuil, bon de toutes manières, présente encore un mérite, c'est celui de la stabilité. Il ne recherche point les émotions des journaux et des brochures, et ne se laisse point influencer par les brochures et par les rumeurs. Il aime le repos, il y tient et il fau- drait des circonstances plus fortes que celles qui existent aujourd’huy pour lui causer quelque ébranlement.

En général, on s'occupe peu ici de la politique, on aime l'ordre et la tranquillité et le Gouvernement qui les procure. Un système habituel d'opposition entrerait peu dans les têtes des habitants du pays parce qu'il nc sympathiserait pas avec leur caractère.

Ce n'est pas qu'il n'y ait ici comme ailleurs quelques hommes qui tiennent plus ou moins à l'opinion représentée par la gauche de la Chambre élective. Je les crois peu nombreux et peu fervents, il se peut cependant que quelques-uns d’entre eux aient des opinions plus énergiques et entretiennent mème des relations plus ou moins actives avec ce qu'on appelle le Comrté directeur. C'est un point dont je n'ai pas heureusement à m'occuper.

Un seul fait patent viendrait à l'appui de cette hypothèse, c’est le soin de produire sans beaucoup de scrupules sur les listes de 4830 les électeurs qui leur appartiennent.

(1) On saisit du papier à lettre venant d'Angleterre avec, dans le filigrane, les initiales de Napoléon cet de son fils et la date de 1820.

(2) Au milieu de novembre 1829, l'administration municipale d'Arras fut informée par la clameur publique qu'on exposait chez un marchand des objets séditieux. Le Maire, traversant la rue Saint-Aubert, vit des personnes s'arrêter devant la boutique des demoiselles Rommel, mar- chandes de nouveautés. Il s’y trouvait deux foulards : l'un représen- tant sur son blanc, dans un médaillon, le duc de Reichstadt en colonel de hussards avec la plaque de la Légion d'honneur : au-dessus, un

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Comme nous l'avons vu, le Préfet demandait tous les mois à ses Sous-Préfets un rapport succinct résumant la situation de leur arrondissement; il comprenait six articles : l'opinion publique; le commerce; la mendicité; 4 les

aigle tenant dans son bec un drapeau tricolore déployé, et une cou- ronne impériale, qu'il semblait vouloir déposer sur la tête du Prince. Le fond du mouchoir était un semis d’abeilles et les quatre coins por- taient des aigles couronnés et des croix de l'Empire. Le second mouchoir, fond rouge, avait aux angles les mêmes objets; seulement, le médaillon représentait le duc de Reichstadt endormi et recueilli par un aigle qui lui présentait la couronne; dans le fond, le buste de Bonaparte. couronné de lauriers.

Le Maire se rendit à l'Hôtel de Ville, et, après avoir consulté les lois et règlements, il se transporta au Palais de Justice pour parler au substitut. Celui-ci était alors avec le juge d'instruction ; ils furent tous trois unanimes pour décider la saisie. Le Maire retourna à l'Hôtel de Ville et, en l’absence du commissaire de police, la fit faire par son adjoint. Naturellement, l'arrivée de l’adjoint en uniforme excita la curiosité publique, car la rue était très fréquentée. Les demoiselles Rommel déclarèrent avoir acheté ces objets à Paris, passage Colbert, ils étaient mis en vente publiquement ; qu’elles avaient vu le Maire les regarder, qu'elles avaient cru que c'était pour les acheter s’il les trou- vait jolis; que, du reste, elles les lui offraient pour les détruire s’il le voulait. Le baron de Hauteclocque trouvant cette proposition faite d’un ton ironique, leur dit qu’on pourrait considérer cela comme un acte arbitraire. Elles furent traduites devant le tribunal correctionnel d'Arras et sur le réquisitoire de M. Reboulh de Veyrac, substitut, mal- gré leur défense plaidée par Me Luez, elles furent condamnées à quinze jours de prison, 100 francs d'amende et aux frais. Elles en appelèrent et furent acquittées par le tribunal d'appel de Saint-Omer. La cour de cassation confirma l'arrêt.

L'affaire fit du bruit. Le 8 décembre, le Ministre écrivit au Préfet que, d'après des avis particuliers, l'autorité municipale n'avait pas agi, dans cette circonstance, avec la réserve désirable; elle eut pu, pour éviter l'éclat des poursuites dont le résultat ne pouvait que satisfaire et cnhardir la malveillance, accepter l'offre faite par les demoiselles Rommel, de détruire les deux pièces. Le baron de Hauteclocque fit un rapport pour se justifier. Le Ministre éerivit au Préfet, le 24 décembre, qu'en approuvant l'affuire des objets séditieux, il fallait, à l'avenir, éviter de poursuivre les cas douteux.

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manufactures et les ouvriers; les garnisons; les événe- ments importants. Ces rapports étaient ordinairement com- plétés par des lettres explicatives. Nous avons déjà parlé des renseignements qu'ils donnaient sur l'oninion publique; au sujet des troupes, le Sous-Préfet de Boulogne écrivait: «Il faut rendre justice aux garnisons de Calais et de Boulogne: elles se montrent animées du meilleur esprit; les chefs, qui sont dévoués au Roi et à son auguste famille, fortifient les troupes dans ces bonnes dispositions; elles méritent les plus grands éloges et présentent toutes les garanties désirables pour l’ordre public; la discipline est excellente. »

Le Sous-Préfet de Boulogne disait : « Le commerce est toujours fort peu important dans cet arrondissement; mais cette inertie pèse principalement sur les négociants. Les petits marchands trouvent le débit de leurs marchandises dans le séjour et le passage du grand nombre d'étrangers. D'après lui «les fabriques et les manufactures de cette partie du département produisent surtout des tissus en coton; elles sont loin d'être florissantes. L'esprit qui anime l'ouvrier des diverses professions est subordonné au plus ou moins de bénéfices qu'ils font; 1ls ne manifestent jamais l'intention de troubler la sécurité publique. »

Mais ce qui occupait le plus l'administration publique, c'était la mendicité; elle était l'objet de nombreux rapports des Sous-Préfets et du Préfet (1).

(1) Voici des extraits des lettres confidentielles écrites par les Sous- Préfets au Prétet au sujet de la misère publique.

M. Delaage écrivait de Saint-Omer, le 5 février 4829 :

« Nous sommes à l'époque de l'année se fait plus particulièrement remarquer le contraste du luxe et de la misère, des plaisirs et des souffrances, et, dans le mois qui vient de s’écouler, ce n'est pas de politique que se sont plus particulièrement occupés les esprits.

Le froid, le manque de travail et la cherté du blé ont augmenté le nombre des pauvres et aggravé leur position; à Saint-Omer, onze dames ont fait une quête à domicile qui a produit près de huit mille francs, et le montant de cette collecte a été remis aux Sœurs de charité

AD

La récolte de 1828 n'avait pas été bonne; celle de 1829 était compromise par le soleil qui dardait ses rayons le jour,

et employé à des distributions en nature. Dans les campagnes, c’est ainsi que se distribuent les secours, et c’est la charité des cultiva- teurs peu aisés qui en fait presque tous les frais. Le nombre des indi- gents est grand cette année, et les ressources de l’aisance se ressen- tent de la médiocrité de la récolte; mais la tranquillité publique n’a pas été troublée, et ainsi les pauvres méritent bien l'intérêt qu'ils inspirent Nous approchons de l'époque commencent les travaux de l’agriculture ; après le temps des semailles, ils se ralentiront jusqu’à l'époque de la moisson. La tâche ne suffira point à l’activité des ouvriers ; ne serait-ce pas le cas d'engager les maires à faire faire des réparations de chemins communaux pendant les mois d'avril et de mai, et de leur demander d’exhorter les habitants riches et aisés à se racheter de l'obligation des prestations pour que les indigents puissent être plus particulièrement occupés ? Je vous soumets cette réflexion. »

Ce même Sous-Préfet écrivait le 3 avril : |

« J’ai à vous raconter un évènement dont la cause ou le prétexte est plus malheureux que le résultat. Je veux parler du pillage d’un bateau de grains; les auteurs de ce pillage sont trop nombreux pour qu'on doive redouter qu'ils restent toujours ignorés. Mais, ce qui est à craindre, c’est qu’on y trouve des pères et des mères de famille excités au crime par les cris si touchants de leurs enfants affamés.

La misère est trop grande pour que les pauvres puissent ne pas sortir de leurs communes, et c’est plutôt encore la charité que la surveillance qu’il convient d’exciter; peut-être ne serait-il pas inutile que Messieurs les curés et desservants reçussent l'invitation de prêcher beaucoup la charité et de l’imposer aux consciences.

Je suis loin de partager les idées vulgaires sur le commerce des grains, et je vous ai prié de lui faire obtenir une protection apparente; mais peut-être serait-il bon que les commerçants fussent invités à importer le plus possible et à mettre de la circonspection à leurs achats dans l’intérieur; je suis informé que des marchands de grains de Fruges et d’Abbeville parcourent les campagnes dans l’arrondissement de Saint-Omer, y achètent le blé à quelque prix que ce soit, et excitent ainsi les murmures des pauvres. »

Le Sous-Préfet de Béthune écrivait le 4 janvier :

« La cherté des grains, la mendicité considérable qui en est la suite et les vols fréquents que ces deux causes entraînent toujours après elles, compliquent la situation pelitique. Heureusement que les pro-

A —:

et par la gelée qui, la nuit, attaquait les grains semés. En janvier, le cours du blé resta stationnaire, mais le travail

duits de l’agriculture offrent en ce moment les plus belles apparences. »

Le Sous-P réfet de Montreuil écrivait le 6 janvier :

« Depuis quelque temps, le prix des grains est stationnaire; on ne peut dire qu'il soit excessif, cependant il produit en ce moment une mendicité nombreuse et active ; ce sont des manouvriers qui, manquant de travail, partent avec leur famille et vont de tous côtés solliciter la charité publique; le Marquenterre en jette un grand nombre sur l'arrondissement qui en reçoit aussi de Desvres et de Saint-Pol. Il est à croire qu’il en envoie aussi dans les arrondissements voisins. On conçoit que des familles non accoutumées à mendier aiment à dépayser leur misère. J'aurais pu donner des ordres pour arrèter les mendiants trouvés hors de leur canton; mais, outre la rigueur de cette mesure envers des malheureux qui éprouvent des besoins réels, elle pourrait encore exciter plus tard des résistances et des irritations qu'il est tou- jours bon d'éviter surtout dans un pays les maisons sont couvertes en chaume.

Il faut reconnaitre d’ailleurs que les mendiants ne commettent nul désordre, les habitants ne s'en plaignent point sous ce rapport. Aussi dans l'état actuel des choses, la question ne roule encore que sur deux points : 10 assurer une existence moins précaire à une foule de manou- vriers sans travail et sans pain; 20 soulager les habitants des cam- pagnes, et surtout les fermiers, d’une contribution envers les pauvres qui retombe presque entièrement sur eux. J'ai pris des renseignements et J'ai consulté quelques personnes expérimentées sur les moyens à employer dans cette circonstance ; on reconnait, en général, qu'ils sont difficiles à trouver et qu'ils exigent, dans l'application, une prudence infinie. J'aurai l'honneur de vous entretenir encore sur ce point, sur- tout s’il se développe des circonstances plus graves. »

Ce même fonctionnaire écrivait le 8 mars :

« La mendicité continue et même s'accroît ; un propriétaire digne de foi a compté, sur ma deman te, le nombre de pauvres qui se sont pré- sentés chez lui en un jour : il s'en est trouvé six cent soixante; cette espèce d’invasion n’a lieu qu’une fois par semaine. Quelque fâcheuse que soit cette situation, je ne vois pas qu'elle exige encore des mesures extraordinaires. Il y a lieu d'espérer que les travaux qui commencent à s'ouvrir feront rentrer la mendicité dans ses limites ordinaires. »

Ce Sous-Préfet écrivait le 2 avril :

« La mendicité se mainticat toujours nombreuse, mais patiente.

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manqua; puis, le prix du blé et du pain augmenta dans les mois de mars et d'avril, ce qui amena la misère. Les men- diants étaient devenus très nombreux; les ressources des communes n avaient pu suffire pour les nourrir; ils allaient dans les pays voisins solliciter la charité, et même dans les villes dont les habitants les recevaient fort mal, prétendant que c'était à leurs communes de les nourrir. Heureuse- ment, les ressources pour obvier à la misère s'organisèrent. Au mois de mai, le blé monta de deux francs sur le marché de Béthune; on était effrayé de l'aspect des récoltes; mais, comme le disait le Sous-Préfet de cette ville, depuis treize ans qu'il était dans le département, tous les hivers les culti- vateurs étaient effrayés et au printemps leurs alarmes se dissipaient; c'est ce qui eut lieu en 1829. Les pommes de

J'ai profité de ma tournée de recrutement pour inviter les maires à former des associations dans les communes pour nourrir leurs pauvres. Je n'ai aucune mesure extraordinaire à vous proposer en ce moment.»

Ce Sous-Préfet écrivait le 6 juillet :

« Tous les rapports que je reçois de MM. les Maires annoncent que les communes ayant trouvé le moyen de satisfaire aux besoins les plus absolus de la classe indigente, l’ordre et la tranquillité règnent partout; la seule commune de Créquy est restée au dessous des autres pour la distribution des secours, non que le maire et les habitants aient manqué de générosité et de zèle, mais parce que cette commune, qui a douze cents âmes, est occupée en grande partie par des bois qui appartiennent à un propriétaire qui ne réside pas et qui n’a point contribué avec les habitants ; il n’y a cependant aucun trouble à crain- dre dans cette commune, mais on y remarque une mortalité extraor- dinaire et qu’il serait peut-être possible d'attribuer en partie à de Longues privations; c’est pourquoi j'ai rendu compte directement à Paris de cet état de choses. »

Le Sous-Préfet de Saint-Pol écrivait, le 7 février :

« La misère, bien que la cherté des grains se fasse ressentir ici coinme ailleurs, n’a jusqu'à présent donné lieu à aucun désordre, et la charité publique a librement pourvu aux plus pressants besoins des pauvres. Malheureusement, on prétend que le grand froid, c'est-à-

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terre furent une grande ressource pour les indigents; la plupart en cultivaient un petit coin, et elles servirent assez souvent pour les distributions qu'on tit aux pauvres.

Le Préfet avait pris un arrété, le 8 avril, pour empêcher la divagation des mendiants, mais la gendarmerie n'arrétait guère que ceux qui mendiaient la nuit; il y eut peu de désordres, sauf un bateau de grains qui fut pillé du côté de Saint-Omer; on trouva difficilement les voleurs; le Préfet et les Sous-Préfets engageaient les maires à créer des ressources pour nourrir les malheureux, soit au moyen des souscrip- tions ou de votes de centimes additionnels, soit en employant les ouvriers sur les chemins; on demandait aux propriétaires

dire la gelée, a endommagé les pommes de terre qui n'étaient pas bien abritées. »

Il écrivait le 6 mai :

« D’après les rapports que je reçois de MM. les Maires, les mesures prescrites par votre circulaire du 8 avril dernier s’exécutent avec assez d'empressement ; cependant, plusieurs maires se plaignent de la mauvaise volonté de gens qui, par leur position de fortune, devraient fournir une forte cotisation, tandis qu'ils n’en ont consenti qu’une bien minime, el quelquefois rien du tout. Il devient urgent, pour atteindre ces êtres endurcis, de renoncer à la cotisation volontaire pour recourir à une imposition extraordinaire et c’est cet avis que Je donne quand je suis consulté en pareil cas. Ce n’est pas sans regret que je suis forcé de vous signaler les principales villes de l'arrondissement comme les plus opposées aux mesures indiquées par vos instructions ; accou- tumées à voir les campagnes nourrir leur armée de pauvres, elles trouvent pénible de s’imposer quelques sacrifices pour les empêcher de mendier. A Saint-Pol, quelques membres de l'administration et du Bureau de bienfaisance, que leur position sociale appelait à suivre l'exemple que j'avais cru devoir donner, n'ont rien négligé pour faire échouer complètement une souscription ; je crois assez qu'on espère, en affamant les pauvres, les contraindre à sortir de la ville et prou- ver à l'administration l'impossibilité de faire exécuter les mesures qu’elle a cru devoir prescrire. Cependant. jusqu’à présent, les malheu- eux souffrent et endurent leur misère avec assez de résignation ; une

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de ne pas faire leurs prestations en nature pour en consacrer le prix à donner de la besogne aux ouvriers.

Le résultat de ces efforts fat très inécal; dans certaines communes, ils étaient suffisants ; dans d'autres, ils ne 12 furent pas. C'est ce qui eut lieu pour les souscriptions qu'on recueillit dans diverses localités : à Saint-Pol, une partie de l'administration municipale et du Bureau de bienfaisance montrèrent peu d'empressement ; à Saint-Omer, quinze dames firent une quête qui produisit environ huit mille francs; une souscription faite à Arras permit d'ajouter douze mille francs aux ressources ordinaires et extraordinaires dont disposait le Conseil municipal pour les indigents (1). Le Préfet du Pas-de-Calais, vicomte Blin de Bourdon, se montra très généreux : il] donna pour la souscription d'Arras mille francs, dont cinq cents francs pour les Sœurs de Cha- rité de cette ville; il alla plus loin, il envoya un titre de rentes p.°/,de cinq cents francs pour le Bureau de bienfai- sance, ce qui représentait un capital de dix mille francs;

donation de trois mille francs faite au Bureau de bienfaisance de Saint-Pol permit de doubler le taux des distributions hebdomadaires faites aux pauvres; mais cette augmentation est encore loin de leur procurer de quui suffire à leurs plus indispensables nécessités. Auxi-le-Château m’entretient de ses misères ; les bras y abondent et le travail manque. Le Maire emploie soixante ouvriers à ramasser des cailloux pour la route de grande communication d'Hesdia à Doullens, mais pour bien, il faudrait qu'il pût en occuper cent ; ses ressources s’y opposent. » (1) Souscription ouverte le 28 janvier 1829 : Reçu à la mairie.,............. 7,199 fr. 60 Chez le Receveur municipal..... 4,581

Total.... 11,780 fr. 60 Sur cette somme on donna aux Sœurs de charité 500 fr ; aux trois curés de la ville pour les pauvres honteux 2,000 fr. ; au Bureau de bienfaisance 6,850 fr.; soupes pour les indigents fabriquées par les Sœurs de l'hôpital 1,402 fr.; divers 81 fr. La ville avait déjà voté pour le Bureau de bicnfaisance 28,800 fr, plus un secours extraordinaire de 7,900 francs,

c'étaient des économies qu'il avait faites en cinq ans sur ses frais de bureau (1); cette donation donna lieu à une polé-

(1) Voici la lettre que le vicomte Blin de Bourdon écrivit au baron

de Hauteclocque le 15 janvier 1829 : Monsieur le Baron,

Les indigents de la ville d'Arras sont dans une position vraiment critique, par suite de la cherté du pain et de la rigueur du froid. Vous allez, m’avez-vous dit, consulter le Conseil municipal sur les moyens à prendre pour remédier au mal qui ne peut que s’aggraver.

Comme il serait possible qu'il crût convenable de recourir d'abord à la bienfaisance si connue des habitants d'Arras, permettez, cher Monsieur le Maire, avant de partir pour me rendre à la Chambre des Députés, que je vous remette mille francs pour ma part dans cette souscription. Dans le cas elle n'aurait pas lieu, cette somme est toujours acquise à vos pauvres que, d’ailleurs, mon absence ne me permettra plus de secourir journellement. Comme je sais que les fonds mis à la disposition des Sœurs de Saint Vincent de Paul pour les secours qu'elles sont chargées de distribuer ne sont pas suffisants dans une circonstance telle que celle-ci, je désirerais que sur les mille francs cinq cents francs soient remis à leur disposition pour ce service,

Voici la réponse que le Maire lui écrivit le 46 janvier 4829 :

« En vous accusant réception de la somme de mille francs dont vous avez eu la bonté de faire don aux malheureux de la ville d'Arras, permettez-moi de vous offrir l'expression sincère de la profonde recon- naissance qu'éprouve l'administration municipale d’Arras pour le nouvel acte de votre inépuisable charité.

Nous sommes infiniment touchés de la vive sollicitude que vous accordez aux malheureux de notre ville, et le généreux témoignage que vous venez de nous en offrir aujourd'hui, sera vivement apprécié, et nous espérons qu'un si noble exemple déterminera de nombreuses aumônes de la part de nos concitoyens. »

Voici la lettre qu'écrivait au Préfet, le 48 janvier 1829, sœur Rolleau, supérieure des Filles de la Charité d'Arras :

« Monsieur le Maire de notre ville a eu la bonté de me remettre une somme de 5:0 francs en me disant que nous devions ce secours abon dant à votre tendre charité pour les malheureux. Je vous exprimerai difficilement la reconnaissance qu'a excitée dans nos cœurs cette marque de bienveillance de votre part pour notre maison, ainsi que de la confiance dont vous voulez bien nous honorer en la choisissant pour distribuer vos abondantes aumônes. Que d’heureux vous allez faire, surtout dans une saison si rigoureuse. »

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mique avec le Propagateur (1). Le Préfet rendit compte au

(1) Ce fait si honorable pour M. Blin de Bourdon, fut cité avec éloges dans un certain nombre de journaux. On lit dans l’Annolatear Boulonnaïs du 17 septembre 1829 :

« Depuis la nomination de M. Blin de Bourdon à la Préfecture du Pas-de-Calais, tout le monde a su apprécier la sagesse et l'impartialité qui ont toujours présidé à son administration. On lui doit la tranquil- lité dont le département a toujours joui et qu’on ne trouvait pas dans d’autres parties de la France. C’est avec un bien sincère plaisir que nous rendons à cet administrateur la justice de publier un trait de générosité et de désintéressement qui lui fait le plus grand honneur. M. Blia de Bourdon avait l'année dernière une économie de dix mille francs sur la somme qui lui est allouée pour frais de bureau, il a affecté cette somme à l'achat d’une rente 5 0/9 dont le produit est destiné à soulager les pauvres de la ville d'Arras. Nous pensons qu'un pareil acte de bienfaisance n'avait pas encore d’exemple, espérons que M. Blin de Bourdon trouvera des imitateurs. »

L'Abetille Picarde du 23 septembre 1829 publia la note suivante :

« Le vicomte Blin de Bourdon, vient de faire acheter au nom du Bureau de bienfaisance d'Arras une rente 5 0/0 représentative de dix mille trancs, qu'il est parvenu à économiser en cinq années sur le tiers de l'abonnement qui lui est alloué pour frais d'impression, papier, plumes, etc. La destination donnée à des économies provenant de l'ordre que M. le Préfet a mis dans cette partie des dépeases dont il ne doit aucun compte, fait beaucoup d'honneur à la philanthropie de ce magistrat et n'étonnera aucune des personnes qui le connaissent particulièrement. »

Le Journal de la Somme, dans son numéro du 49 septembre 1829, parlant de cette donation, dit : « Ce trait n'étonnera personne, mais il sera noté parmi ceux que ce département se glorifie de pouvoir attri- buer aux hommes distingués qu'il a produits. »

Le Propagaleur lui-même, malgré son peu de sympathie pour l'administration du Préfet, crut pourtant, dans son numéro du {2 sep- tembre 1829, devoir insérer ce qui suit :

« Ua incident assez remarquable dans les phases de l'administration est veuu terminer la session du Conseil général.

M. Blin de Bourdon a déclaré, avant la séparation des membres de ce Couseil, qu’il avait besoin de leur assentiment pour faire profiter les pauvres de la ville d'Arras de la rente d'une somme de dix mille francs, résultat des économies qu’il avait faites dans l’année sur ses

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Ministre de ce qu'il avait fait pour diminuer la mendicité et les souffrances des pauvres (1).

frais de bureau, cette somme ayant été pour cet usage convertie en une inscription de rente 5 0/0.

La France serait heureuse que l'exemple, donné en cette occasion par le Préfet du Pas-de-Calais, fùt suivi par tous ses collègues.

Dans tous les cas, que cet acte trouve ou non des imitateurs, M. Blin de Bourdon aura toujours l'honneur d'avoir pris l'initiative.»

Cet article attira à ce Journal la lettre suivante de M. de la Rivière, secrétaire général de la préfecture, M. Blin de Bourdon était absent :

Arras, le 13 septembre 1829.

Un fait, dont la connaissance n'était pas destinée à sortir du sein du Conseil général, a été rapporté d'une manière inexacte dans votre dernier numéro. Il importe, pour des motifs faciles à comprendre, que ce fait soit rétabli dans sa version véritable. Voici le paragraphe qui renferme deux graves erreurs : « M. Blin de Bourdon a déclaré avant » la séparation des membres du Conseil, qu'il avait besoin d'un der- » nier ussentiment de leur part, pour faire profiter les pauvres de la » ville d'Arras de la rente d’une somme de 10,0 francs, résultat » des économies qu'il avait faites dans l’année sur ses frais de bureau. » L'auteur de cet article ignore que l'abonnement pour frais des bureaux des préfectures est divisé en deux portions bien distinctes, l’une des 2/3 de la somme totale, destinée au personnel, c'est-à-dire au traitement des employés, portion dont le Préfet jusuüfic par état ; l’autre dont il n’a aucun compte à rendre et qui est destinée au maté- riel, c'est-à-dire aux frais d'impression, papier, plumes, etc. L'ordre apporté dans celte partie de dépense, comme dans toute autre, a per- mis au Préiet de s’apercevoir que l'intégralité de l'allucation annuelle n'était pas absorbée dans ce département et, depuis qu’il l'administre, il a tenu note exacte de l’excédant, avec l'intention d'en faire don au bureau de bienfaisance d'Arras, dès que la somme aurait quelqu’im- portance. En cinq années, et par le concours d'une circonstance qui n'est pas de nature à se représenter, celle somme étant arrivée à 40,00 rrancs, il en a fait l'usage qu'il s'était proposé. 1l est inutile de dire ici quel motif l'a déterminé à dunner connaissance de ce fait au Conseil général; mais il peut être nécessaire qu’on sache que cette économie n'a point été faite sur le traitement des employés, qu'elle est le produit de cinq années et non d’une seule, et que l’assentiment du

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Le Ministre ne resta pas indifférent à cette situation et fit écrire au Préfet, le 19 février 1829: « Je vous remercie des renscignements que contient votre lettre sur les ressour-

Conseil général n’était d'aucune utilité pour une libéralité toute gra- tuite de la part du Donateur. »

Le rédacteur du Propagateur inséra à la suite de la lettre la note suivante, le 46 septembre 1829 :

« Nos lecteurs se rappellent l’article qui donne lieu à la réclamation de M. le Secrétaire général. Ils y ont vu notre empressement à rap- porter un acte qui fait honneur à la libéralité du premier administra- teur de ce département. Et, le plaisir que nous éprouvions à faire connaitre une bonne œuvre, ct à la proposer en exemple.

.. Nous lui laissons le triste mérite d'une perspicacité qui croit découvrir partout des pièges cachés. Nos lecteurs apprécieront ces graves erreurs qu'il importe de relever pour des motifs faciles à comprendre. Ils jugeront ce qu'il ÿ a de plus honorable ou de nos intentions ou de l’ombrageuse susceptibilité qui les accuse. Il y a long- temps déjà que nous avons accepté toutes les conséquences de notre mission, même l'injustice ; et, en ce moment encore, nous faisons des vœux pour que l'administration, dût-elle incriminer chaque fois la perfidie de nos éloges. nous fournisse souvent l’occasion de signaler ses actes à l’estime et à la reconnaissance de nos concitoyens. »

La Quotidienne, le 22 septembre 1829, fit au sujet de cette polé- mique les réflexions suivantes :

« Nous recueillons avec d'autant plus d'empressement les témoi- gnages qu'on vient de lire de la bonne et paternelle administration de M. Blin de Bourdon, que nous connaissons depuis longtemps les principes qui animent cet administrateur. Ce n’est pas seulement par son dévouement au Roi que ce magistral s’est fait remarquer, nous savons que dans tous les emplois qu'il a occupés, sa sollicitude pour ses administrés a été intatigable et sans bornes. Les pauvres d'Amiens se souvicndront longtemps des sacrifices pécuniaires qu’en 1817 M. Blin de Bourdon, alors maire de cette ville, put faire pour venir à leur secours au milieu des calamités qui désolaient alors la France. »

(1 p. 47) Voici la lettre confidentielle que le Préfet adressait au Ministre de l'Intérieur, le 143 février 1829 :

« J'ai la satisfaction d'annoncer à Votre Excellence que le départe- ment du Pas-de-Calais continue de jouir de la plus grande tranquillité. La mendicité, cependant, fait de nouveaux progrès tous les jours, mais on n’a à déplorer aucun excès de la part des mendiants ; seule-

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ces que l'administration a trouvées dans la charité publique pour le soulagement des indigents. » L'Evêque d'Arras, le 12 juillet 1829, fit un Hinionenl

ment, quelques individus ont encore mendié la nuit dans une commune de l’arrondissement de Boulogne ; ils ont été arrètés immédiatement et livrés à l’autorité judiciaire.

Une souscription ouverte à Arras pour secourir les iudigents a déjà produit plus de douze mille francs; des quêtes ont été faites dans plusieurs autres villes et le résultat en a aussi été satisfaisant.

Quant aux communes rurales, ces moyens ne peuvent guère y être employés, soit parce que les souscriptions ou quêtes n'y seraient pas assez productives, soit parce que les aumônes s’y font généralement en nature. C'est surtout que la misère se fait sentir le plus vivement et ne pourra qu'augmenter jusqu'au moment les travaux de la moisson viendront donner quelques moyens de subsistance aux ouvriers, et cette époque est encore bien éloignée.

Pour parer autant que possible à cet état de choses, je vais engager les maires à taire faire les réparations des chemins communaux dans les mois d'avril et de mai prochain, et les inviterai aussi à exhorter les habitants riches ou aisés à se racheter de l'obligation des prestae tions afin qus les indigents puissent être particuliérement occupés aux travaux. »

Le Préfet écrivait encore au Ministre, le 19 mai 1829 :

« La tranquillité règne généralement dans cc pays ; seulement quele ques troupes de mendiants se sont encore montrées en avril, et un bateau a été pillé dans ce mois pendant la nuit près de Saint-Omer par une troupe de quarante à cinquante individus, dont plusieurs ont été arrêtés depuis par suite des recherches qui ont été faites ; ils avaient pris la majeure partie des grains composant le chargement.

Le prix du blé paraissant devoir se soutenir à un taux élevé jusqu'à la récolte prochaine, j'ai cru devoir appeler l'attention de MM. les Maires sur les besoins de la classe indigente et sur les moyens d'y remédier. Les mesures que j'ai indiquées devaient avoir pour résultat de faire secourir par chaque localité les pauvres qui lui appartiennent et d'empêcher ces derniers de sortir de leurs communes pour mendier; nous éprouvons déjà les heureux cffets de ces mesures qui ont été généralement bien accueillies et qui s'exécutent dans beaucoup de communes, de manière qu’on ne voit maintenant presque aucun mendiant sortir de sa résidence. »

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brdonnant des prières publiques pour obténir la cessation de la pluie. Elle pouvait avoir de graves conséquences pour l'avenir de la récolte; heureusement elle fut bonne, le prix du blé diminua, la misère et la mendicité qui en est la conséquence, cessèrent d'être aussi grandes.

Il y eut également un certain nombre d'incendies, surtout dans l'arrondissement de St-Pol; on ne les attribua pas à la malveillance. Le Sous-Préfet de St-Pol prétendit qu'une des causes en était l'estimation exagérée des maisons et du mobilier, ce qui faisait payer des indemnités importantes par les Compagnies d'assurances; elles servaient à payer les dettes des incendiés qui se trouvaient moins gênés qu'auparavant.

Le Préfet et les Sous-Préfets n'indiquèrent pas assez la cause principale du changement de l'opinion publique dans le département : c'était l'influence de la presse libérale. Elle avait trois organes dans le Pas-de-Calais : L’Annotateur à Boulogne, l'Indicateur à Calais (1) et le Propagateur à Arras. Les deux premiers jouaient un rôle politique assez effacé, c'étaient surtout des feuilles d'annonces; il n'en était pas de même du troisième qui faisait une guerre sans merci à la Royauté légitime et aux Cléricaux. Le Gouvernement, comme nous l'avons dit, n'avait aucun journal pour les combattre. Le Propagateur était en 1828 avec la liberté de la presse. À ses débuts, il avait déclaré devoir soutenir la Royauté légitime et en attaquer seulement les abus; il s'occupa surtout des affaires locales. Tant que dura le Ministère Martignac, qui vivait en assez bons termes avec les libéraux, ce journal eut une attitude modérée: mais, à l'arrivée du prince de Polignac, il changea de ton. Nous ne pouvons qu'indiquer les principaux articles qu'il publia

(4) L’Indicateur de Calais parut à partir du 4 octobre 1829, sous le titre de : « Journal du Commerce, de la Littérature et des Arts », format in-40, paraissant tous les dimanches, prix 45 francs par an.

alors. Un certain nombre sont empruntés aux journaux de l'opposition paraissant à Paris. D'autres sont dus à la plume viveet mordante de son rédacteur en chef Frédéric Degeorges et de ses collaborateurs.

Le 27 mars 1829, ce journal publie un article adressé aux libéraux et intitulé Un peu de courage. Dans un autre, il exa- mine la conduite des députés du Pas de-Calais. Sur six, cinq appartiennent à la gauche. La session de 1829 s'était ouverte sous les plus heureux auspices et, pourtant, elle n'a rien produit. La Chambre de 1830, formée des mêmes éléments, peut faire craindre la même stérilité. Rester six mois à Paris pour faire payer un budget d'un milliard, n'est ni flatteur, ni consolant pour un peuple qu'on surcharge d'impôts sans compensation pour les sacrifices qu'on lui demande. Que dirait ce journal de nos jours avec notre budget de quatre milliards!

Dans un article du août, il juge la dernière session de la Chambre. On y voit qu'il n'est pas très content des députés. Il craint qu'ils se laissent séduire par le Minis- tère, il les menace de l'opinion publique et leur dit de prendre garde. Pourtant, il ne les pousse pas à la résistance (1).

(1) Ce journal ajoute : « Après la fin des débats parlementaires, lorsque les députés, de retuur dans leur pays, se sont trouvés tête à tête avec leurs commettants, une question naturelle leur a été adressée t Qu'avez-vous fait? Que nous rapportez-vous? De beaux discours, quelques millions soustraits à la corpulence du budget. L'adoption de l'amendement de Casimir Perrier concernant le traité conclu aveo l'Espagne, et, surtout le rejet, dans la discussion des crédits supplés mentaires, de 179,000 francs demandés pour une salle à manger : beureux essai de responsabilité ministérielle. Voilà les titres hono- rables que la France peut invoquer pour vous. Oui! mais quel revers de médaille s'est offert à tous les yeux! La continuation du monopole des tabacs et des cumuls, le rejet sans discussion des pétitions en faveur de la Garde nationale parisienne, le brevet d’impunité donné à un Ministère déplorable, la dotation de la Pairie et quelques misérables réductions. Eaotin, au milieu des plus belles philippiques, le vote iné-

ne RO

Quand le Ministère Martignac est menacé d'être remplacé par un nouveau, dirigé par le prince de Polignac, le Propa- gateur se demande ce qui doit arriver. Le 8 août, il dit que ce n'est encore qu'un bruit. D'après lui, l'échec de ce Minis- tère tient à ce que le Gouvernement n'a pas encore fait ce qui a eu lieu en Angleterre, grâce surtout au duc de Wel-

vitable de cet éternel milliard. Les opinions de plusieurs journaux indépendanis ont été divergentes sur la marche qu'a suivie la Chambre. Les formules les plus exagérées de l'apologie ont à peine suffi à l'enthousiasme dont le Constitutionnel s'est tout à coup enflammé à la fin d'une session qu'il avait précédemment jugée avec plus de froi- deur et de justice; d’autres feuilles, au coatraire, ont peut-être mis trop de fiel et d'acrimonie dans les critiques. Nous aimons à croire que les bonnes intentions de la majorité ne sont pas encore changées ; et que l’inhabileté des manœuvres entre pour beaucoup dans le résultat négatif de la session. Il est cependant certains travers dont il est impossible de dissinuler l’existence dans le sein de la Chambre.

C’est un faux esprit de modération, plus accentué chaque jour dans les concessions au Pouvoir, qui a poussé la majorité au centre droit, lorsqu’ua peu plus de fermeté et de résistance l'aurait fixée au centre gauche. C'est le culte idolâtre de certains esprits pour ce qu'ils appel- lent l’ordre établi, et leur antipathie pour les innovations, qui leur fait maintenir et consacrer tous les abus que nous ont légués tous les Gou- vernements de fait, l’Empire, le Directoire, la Convention elle-même. Ce sont des terreurs paniques, inspirées par la fantasmagorie d’un Ministère Polignac, ce sont les absences mercantiles, voluptueuses, le soin des intérêts matériels, personnels de nos législateurs, banquiers, manufacturiers, forgerons, raffineurs, c'est avant tout cette soif insa- tiable de faveurs et de dignités que les représentants du Gouvernement constitutionnel ont héritée des courtisans de Versailles et de Marly. Le Ministère semble déjà ne tendre son hameçon d'or qu’au côté gauche. Sur vingt-trois nouvelles faveurs échappées des mains de nos Excellences, vingt sont tombées sur les Aristides de la Chambre.

M. Benjamin Constant, qui, du reste, ne s’aveugle pas sur le néant de nos débats législatifs, dans une lettre à un Journal, s’alarme sur les suites d’une polémique trop brusque contre les membres de la représentation nationale. Il craint qu’envenimée par la critique, la Chambre actuelle ne songe qu’à sa conservation et ne se ménage la garantie d’une réélection qu’en secondant le Pouvoir qui tenterait

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lington : la réunion de tous les partis, en s'appuyant sur les centres. Mais le prince de Polignac fera-t-il de même? Ne va-t-il pas s'incliner vers la droite ? Le 12 août, il annonce la nouvelle de la chute du Ministère comme officielle. Il est furieux, et sa note devient acerbe (1). La France, dit-il, redoutait une administration demi-ultra, il lui en vient une

encore de fausser notre système électoral au profit de l'aristocratie.

Cette crainte nous paraît illusoire, une seconde édition de la loi du double vote n’est plus possible au point nous sommes arrivés, autant vaudrait-il se flatter de la suppression de la Charte elle-même, et de l’anéantissement du Gouvernement représentatif! Non, jamais la sagesse du Monarque ne pourrait adhérer aux avis des conseillers perfides qui lui insinueraient un pareil coup d’Etat ! Jamais la Chambre actuelle, malgré ses oscillations, ne pourrait se rendre complice de l’audacieuse entreprise d’une machination devant laquelle ont reculé les Villèle, les Corbières et les de Peyronnet !

Sans doute, pour avoir accepté le mandat du pays, nos députés n'ont point renié leur individualité morale, leur conscience. Ils ne sont point des machines otganisées, des instruments passifs entre les mains de leurs commettants: ils doivent marcher fermement dans leur voie et ne suivre que leur libre arbitre; mais il est bon pourtant que des com- munications franches et ouvertes s’établissent entre les mandants et les mandataires, il faut que la conscience générale éclate et se fasse entendre, et, si nos députés ont pu se laisser leurrer par de trompeuses espérances, intimider par de fausses alertes, assoupir par l'intérêt individuel, et séduire par l’appat des faveurs, l'opinion publique, organe incorruptible, doit pouvoir d’une voix énergique les rappeler des déviations funestes ils se trouvent à leur insu engagés et prévoir les catastrophes les entraîneraient des erreurs même consciencieuses. »

(4) Voici uu autre article du 12 août 1829 :

« Pas-De-Cavais : Effet produit par le changement de Ministère.

Les lettres que nous avons reçues hier de Béthune, de Montreuil, d’Hesdin et de Saint-Pol, annoncent que partout l’arrivée au Pouvoir de MM. de Polignac, de la Bourdonnaie, de Montbel et de Bourmont a été un sujet d’étonnement mais nullement de crainte. « Le nouveau Ministère, nous écrit-on de Béthune, est pire que l’ancien, mais de Y'excès du mal sortira le bien. » « La composition du Ministère Poli-

En de

qui pourra satisfaire les absolutistes les plus fougueux, les jésuites les plus violents. Les concessions inopportunes de nos députés portent leurs fruits. Il faut que les « constitu- tionnels » se préparent à la lutte. Le 15 août, il parle de la sensation fâcheuse produite en Angleterre par l'arrivée du Ministère Polignac (1). Le 19 août, sa violence augmente à propos du comte de la Bourdonnaie. Il dit : « Encore un Ministre dont l'épine dorsale plia jusqu'à rompre devant les prospérités de Napoléon. Émigré de Coblentz, soldat de Condé, Vendéen et chouan, républicain sous le Consulat, impérialiste sous l'Empire, contre-révolutionnaire depuis la Restauration. »

Ce 19 août, il fait un appel aux citoyens qui paient un cens électoral (2).

gnac, nous mande-t-on de Montreuil, rappelle aux amis de la Monar- chie constitutionnelle, aux adversaires des lois d’exception, aux ennemis des Jésuites et du Ministère déplorable, et à toute l’armée française de trop tristes souvenirs pour que ce Ministère puisse exister longtemps. » « La majorité des opinions le rejette, disent les habitants d’Hesdin, il ne pourra avoir aucune majorité à la Chambre. » Dans toutes les villes de même qu’à Arras, les Royalistes moins exagérés et plus clairvoyants sont comme effraÿés de leur victoire. M. de la Bourdonnaie! M. de Bourmont ! il n’y a que les abonnés de la fanatique et absurde Gazselle qui puissent se féliciter de tels choix. Dans les villes du département comme au chef-lieu, la nouvelle a produit sur les Royalistes constitutionnels l’effet auquel on devait s'attendre : l’on se visite, l’on s’aborde et l’on se fait part des nominations, l'on plaint le Roi dont la religion a été surprise, et l’on se sépare en disant : cela ne durera pas. »

(1) Le vicomte Siméon, ancien préfet du Pas-de-Calais, directeur des Beaux-Arts, ayant donné sa démission, le Propagateur reprocha au baron Travé, son successeur, d’être un ancien imprimeur-libraire.

(2) Voici un article qu’il publia : « Au bruit de la chute du dernier Ministère, à l'aspect des noms trop fameux de ses héritiers au Pouvoir, un mouvement électrique de stupeur, d'inquiétude, puis de colère, parcourut toute la France ; mais bientôt, elle rentra dans son calme. Elle avait mesuré la petitesse des hommes d'où pouvait lui veuir le

en

Le 22 août, c'est encore une attaque contre le prince de Polignac : « S'il eut été cardinal et qu'on l’eût nommé pape lors du dernier Conclave, cela aurait pu se concevoir, car il est prince romain et il est bien dévot. On aurait pu aussi en faire un Dey d'Alger. En revenant de l'émigration, il n'a rien appris ni rien oublié. » Ce journal reproche à la famille de Polignac d’avoir touché 700,000 francs de traitement et pension. Le 29 août, c’est le maréchal de Bourmont, ministre de la Guerre, qu'on accuse d'avoir abandonné son poste avant Waterloo.

Le 5 septembre, on imprime dans cette feuille : « Français, prenez garde à la Charte : de Polignac, de la Bourdonnaie, de Bourmont sont ministres! » A propos des premiers actes du Ministère, c'est l'évèque d'Hermopolis qu'elle attaque : « Sous le ministère du célèbre abbé de Frayssinous, les enfants de Loyola envahiront complètement le royaume,

danger; elle avait senti sa force, et c’est dans l'attitude du dédain et d’un noble défi qu’elle attend encore le manifeste de guerre qu’on osera faire contre elle. Laissons les vaines terreurs et les peines inutiles. Il a plu au Roi de changer de Ministres. Qu’avons-nous à dire ? Rien. Le chef du Gouvernement a usé de son droit, aussi, le temps pour nous est arrivé d'user du nôtre. Tenons-nous donc prèts. Si le Ministère veut tenter de vivre, il faut qu’il dissolve la Chambre, notre rôle alors commencera. Descendons dans la lice électorale. Rappelons-nous 1827 et d'un vote vengeur plus énergique encore que celui qui renversa le triumvirat Corbières, Peyronnet et Villèle, déli- vrons l’avenir du Ministère de leurs cendres. C'est ainsi qu'un peuple constitutionnel dit à son Roi sa pensée. Ce langage est sain comme une loi, il n’alarme pas la fidélité, il est toujours compris. »

Puis l’article parle de la loi favorable à la liberté conquise par la nation (la révision des listes électorales), et se termine ainsi : « La vieille énergie artésienne ne sommeillera pas, notre appel sera entendu, les listes électorales se compléteront, les rangs se serreront et, quand le Roi, dissolvant la Chambre, consultera la nation sur son nouveau Ministère, de tous les collèges de ce département partira une éclatante et instructive réponse. »

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usurpant les écoles, les églises, déclarant la guerre à l'ensei- gnement mutuel et à la liberté. » Au contraire, Chateau- briand obtient ses éloges. Malheureusement, ce grand écri- vain royaliste, croyant alors attaquer les ministres, préparait la chute d'une Royauté au retour de laquelle il avait contribué.

Le Propagateur qui avait d'abord affiché son dévouement à la Monarchie légitime, change de ton et termine un article par ces mots : & Eiecteurs, citoyens de la France, voulez- vous de cette Monarchie ? » Cette hostilité contre la branche aînée continua jusqu'au renversement de leur trône.

Le 26 août, il s'en prend aux hommes de 1815. Quand on nia devant Zénon le mouvement pour le prouver, il marcha. C'est ce que nous allons faire pour les excès de 1815.

Le 19 septembre, article contre les partisans du nouveau Ministère.

Après les Ministres, ce sont les conseillers généraux qu'il accuse d'être serviles et nommés dans le temps de la réaction par un Ministère déplorable, pourtant, ils pourraient être très utiles. Il fait une exception pour ceux du Pas-de-Calais. Ce Conseil Général a toujours eu la sagesse de ne pas s'immiscer dans les questions de haute politique. S'il a fait peu de bien, il a fait peu de mal, grâce au patriotisme de Messieurs Wallart, Corne (fondateur du Propagateur), Francoville, Wissocq, Delaleau, etc. (c'étaient des libéraux que la Monarchie légitime aurait pu se dispenser de nom- mer, car ils devaient contribuer à sa chute). La contre-révo- lution, ajoute-t-1l, et le jésuitisme ne sauraient y triompher sans de rudes combats. Il a négligé des choses importantes pour l'agriculture et l'industrie qui réclamaient des amélio- rations. Il devrait fonder une école normale. D'après ce journal, les Frères sont insuffisants pour l'instruction du peuple. Il les attaque souvent sous le nom de « Frères igno- rantins ». Pour arriver à renverser la Royauté légitime, il faut s'assurer du concours de l'armée. I] fait un article contre

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l'obéissance passive, un autre sur l'esprit de l'armée. L'Évéque d'Arras, en tournée de confirmation à Boulogne, reçoit les officiers du 4°7 de ligne et leur dit : nos régiments sont bons, le Roi compte sur eux. Le Propagateur à ce sujet écrit : « C'est possible, maïs il ne faut pas compter sur eux pour un coup d'État. »

Il dit, le 19 août : « Les militaires et les bourgeois se confondent dans une même indignation contre la marche du Gouvernement et une circulaire du baron de Rottem- bourg, commandant la 16° division, imposant le silence aux militaires sur les affaires publiques. Le marquis de Vaul- cher, secrétaire-général des douanes, donna le même ordre à ses agents.

Le 24 octobre, dans un article sur l'esprit de l’armée, il dit : « Elle est sortie du peuple, elle n’a pas oublié ce qui la rattache au peuple. »

Dans un article, 1l résume et réfute la politique des ultra- royalistes. Dans un autre article intitulé « Un Roi sage », il cite ces paroles de Louis XVIII : « Revenu sur le seuil de ma patrie, je trouvais les esprits agités et emportés par les passions, je devais faire des fautes, j'en ai fait. » Le journal les indique. En octobre, il devient moins violent, il espère la chute du Ministère Polignac et publie divers articles intitulés : « [ls ont peur », « Agonie ministérielle », « Utilité de la crise actuelle », « Qui triomphera du Minis- tère ou de l'opinion publique ? »

En 1828, la Chambre des Députés avait décidé la révision annuelle des listes électorales; le Propagateur prévoyant l'importance que ce travail pourrait avoir s'il y avait des élections, recommanda plusieurs fois à ses partisans de se hâter de se faire inscrire (1). On a vu dans les rapports des

(4) Dans un article adressé aux électeurs retardataires, le Propa- gatear cherche à leur prouver que ce n’est pas en se tenant paisible- ment à l'écart en attendant le jour de la régénération de la France,

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Sous-Préfets, que les royalistes ne montrèrent pas le même empressement, c'était bien regrettable; il est vrai qu'aucun journal royaliste n'était pour exciter leur zèle.

Pour faciliter ces inscriptions, il leur recommande de former dans chaque chef-lieu d'arrondissement des comités pour s'en occuper, lui-même fournira les renseignements dont on aurait besoin.

comme les Juifs attendaient le Messie, qu'ils obtiendront cet état de bonheur et de liberté après laquelle ils aspirent.

« Est-ce en s’abandonnant au vent qu’on arrive le plus tôt au port ? Est-ce en négligeant de se faire porter sur les listes électorales que le jour des élections les Royalistes constitutionnels assureront la majorité à leurs candidats. Les amis du Roi et de la Charte sont partout; nous le savons, c’est l'immense majorité; les antiques amants du despotisme ne sont qu'une poignée. Mais, si le nombre et la force sont de notre côté, la ruse et l'intrigue sont du leur. Il ne tient au’à nous d’avoir une bonne représentation nationale; mais, pour cela, il nous faut des électeurs qui ne renoncent pas à leur vote, qui ne ressemblent pas au Caraïbe imprévoyant que nous dépeint Rousseau, que rien n’agite, qui, se livrant au seul sentiment de son existence actuelle, sans aucune idée de l'avenir, quelque prochain qu'il puisse être, vend le matin son lit de coton et part le soir pour le racheter, faute d'avoir prévu qu'’ii en aurait besoin pour la auit prochaine. »

Daos un autre article contre la politique expectante, il dit : « D'ua moment à l’autre, la volonté du Roi peut dissoudre la Chambre, ou bien un de nos députés peut donner sa démission, ou bien encore l’affreuse mort peut venir décompléter notre députation. Pour ne pas être pris alors à l’improviste. pour nous assurer en toutes circons- tances, il faut que les listes électorales soient complètes, que des citoyens dévoués, amis de l'ordre, de la Monarchie et de la liberté suppléent par leur zèle à l’inertie des indifférents et à la tiédeur des timides. Déjà ces deux dernières années d’honorables citoyens ont exercé à cet égard une surveillance utile. Par ce moyen, sans aban- donner ses affaires ordinaires, on donnera une représentation vrai- ment conforme aux vœux du pays. »

Dans un autre article, il dit : « On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours; il convient donc de le faire voir. »

Le 10 octobre, il publia un article sur la formation des listes électorales.

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Une des armes les plus redoutables que voulût employer le parti libéral pour attaquer la Monarchie légitime, ce fut l'établissement d'associations pour le refus de l'impôt,dans le cas le Gouvernement violerait la Charte constitutionnelle. Le Journal des Débats avait parlé le premier de cette résis- tance légale, le Journal du Commerce en amena la réalisation. Les Libéraux rédigèrent des statuts (1), publièrent un mani- feste que le Propagateur reproduisit le 7 octobre 1829. Ils formèrent des Comités pour procéder à son organisation à Paris et dans les provinces. Ils y parvinrent dans soixante- deux départements (2).

On espérait qu'une partie de la Chambre seconderait ce

(4) Voici les extraits de ces statuts :

Art. 4er. L'article 8 de la Charte porte : Aucun impôt ne peut être établi en France s’il n’a été consenti par les deux Chambres et sanctionné par le Roi.

Dispositions du budget : Toutes les contributions autres que celles autorisées par la présente loi sont interdites.

Peines contre les autorités qui ordonneraient le paiement d’autres contributions et contre les employés qui feraient les rôles : On devait les poursuivre comme concussionnaires, sans préjudice de l’action exercée contre eux pour le remboursement des contributions illéga- lement perçues, et cela pendant trois ans et sans qu’il fùt besoin d'autorisation préalable. Puis on reproduisait l’article 17 du Code pénal disant : Que le crime de concussion est puni, pour les fonction- naires ou officiers publics, de réclusion, et pour leurs commis ou préposés, d’un emprisonnement de deux à cinq ans, plus d’une amende égale au quart de la restitution et de dommages et intérêts.

Si la perception d’un impôt qui n'avait pas été voté conformément à la Charte et à la loi, était un crime, le refus d’un tel impôt était un devoir. Pour en faciliter l’accomplissement, les soussignés étaient convenus de ce qui suit :

Art. 2. Ils contribueront, dans la proportion de leurs contribu- tions respectives aux frais que pourrait nécessiter l’exécution de l’article 4er.

(2) Le 16 septembre 1829, le Propagateur fit l'éloge des citoyens des cinq départements de la Bretagne, réunis pour s'opposer aux projets liberticides du Gouvernement.

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projet, et on comptait sur plusieurs membres de la députation du Pas-de-Calais. Ce fut à Boulogne, le parti libéral et bonapartiste était le plus nombreux depuis le camp de Bou- logne, qu'on organisa d'abord un Comité, d'après les instructions venues de Paris et sous la direction de M. Fon- taine, député, honnête homme se disant royaliste, mais facile à entrainer. Cette association trouva dans l'Annotateur de Boulogne un journal pour le soutenir; mais, ce fut surtout le Propagateur du Pas-de-Calais qui montra le plus d'ardeur (1). Dès le 18 décembre, il fit valoir la force de l'esprit d'association. Le 30 novembre, il préconisa le refus de l'impôt. D'après lui, il venait d’avoir lieu dans les Pays- Bas pour des causes analogues à celles qui existaient en France.

Les banquets étaient un des moyens employés à cette époque pour faire de la propagande. Le voyage électoral que fit M. Degouves de Nuncques, député (2), après la session de 1829, fut l'occasion de plusieurs de ces réunions (3). On

(1) Le 5 décembre, le Propagateur annonce qu'il s’est formé une association dans le Pas-de-Calais pour le refus de l'impôt pareille à celle de Paris; on en présentera l'acte à la signature des citoyens du département dévoués au Roï et à sa famille ; elle ne peut effrayer même les plus timides, c’est un acte signé d’un grand nombre de membres des deux Chambres, etc. Une jurisprudence jusqu'ici unanime }J’a déclarée conforme à l'esprit de nos institutions, inoffensive pour la Monarchie, inattaquable par le Pouvoir.

Le 19 décembre, il annonce que Calais, Arras, Béthune, Saint- Omer, etc., s’associent pour le refus de l'impôt illégalement perçu. A Arras plusieurs conseillers municipaux, des membres du Bureau de bienfaisance, des négociants, des propriétaires les plus imposés s’em- pressent de signer l’acte d'association.

(2) Le Propagateur du 26 août disait : « L'honorable M. Degouves de Nuncques est à Arras depuis quelques jours. L’empressement qu'on met à le visiter et à le fêter lui fait vivement sentir combien il est agréable de remplir fidèlement son mandat. »

(3) M. Degouves de Nuncques s'était rendu à Boulogne après avoir présidé les Assises à Saint-Omer. Les libéraux cherchèrent à donner

Gi

ÿ portait naturellement des toasts en l'honneur des 221 et de l'Association pour le refus de l'impôt. On ménageait encore la Royauté et à Calais, il y eut des toasts au Dauphin et à la famille royale. On organisa des banquets à Boulogne et à Calais. Celui d'Arras fut privé (1). M. Bénard y porta un toast à l'Association (2).

à son voyage l'aspect d’un triomphe. Le 22 décembre 4829, huit voitures et quinze cavaliers l’accompagnèrent depuis les Attaques jusqu’à Calais. Un déjeuner lui avait été offert à Ardres. A Calais, on lui donna le soir une aubade à son hôtel; le lendemain, déjeuner à l’hôtel Dessaint de cette ville, avec une musique « délicieuse » dit le Propagateur, et terminé par une collecte pour les pauvres. Il alla à Boulogne il descendit chez son collègue M. Fontaine. Il y eut un banquet en son honneur, il porta un toast à M. Fontaine pour sa conduite à la Chambre.

(1) Ce banquet eut lieu à l’hôtel de l’Europe au commencement de janvier 1830. Le Propagateur en rendit compte dans son numéro du 6 de ce mois. Il y avait environ soixante-dix convives. Il était présidé par M. Dudouit, ancien président du Tribunal de Commerce, con- seiller municipal. On y porta un grand nombre de toasts. Voici les principaux : au Roi par le Président ; à la Famille royale par M. Hal- lette (Charles X venait de le décorer); à la Charte par M. Cornille, Secrétaire perpétuel de l’Académie d’Arras; à l’Association pour le refus de l’impôt par M. Bénard, ancien adjoint; à M. Degouves de Nuncques par M. Billet, avocat ; à l’Armée ; à 1830 qui devait assurer les libertés constitutionnelles, etc. Il y eut plusieurs discours : celui de M. Degouves de Nuncques, se conformant à la tactique des libéraux, respectait le Roi et ses prérogatives, mais on voulait le maintien de la Charte et des libertés constitutionnelles menacées par le Minis- tère. M. Frédéric Degeorges parla sur les devoirs et l’utilité de la Presse, il restera, s’écria-t-il, constant dans ses principes, sans faiblesse devant les périls, etc. Le banquet se termina vers minuit ; une quête pour les pauvres produisit 1,052 francs.

Cette réunion, faite dans un but hostile au Gouvernement, comptait un certain nombre de personnes qui lui devaient leur position. L’auto- rité supérieure ne paraît pas avoir pris aucune mesure contre eux. Le baron de Hauteclocque était sans inquiétude.

D'après une lettre écrite au Préfet par le Maire d'Arras, les libéraux avaient pris leurs précautions pour éviter les indiserétions. On ne pouvait approcher du lieu de réunion. Tous les électeurs nota«

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Le Propagateur faisait une active propagande. Il préten- dait que dans les arrrondissements de Montreuil et de Saint-Pol, un grand nombre de contribuables signaient cet

acte, encouragés par M. Degouves de Nuncques, leur

député (1).

bles qui devaient quelques jours après nommer un Président du Tribunal de Commerce, à l'exception de cinq ou six, signèrent l'acte ainsi que plusieurs conseillers municipaux et la majorité des convives. Le baron de Hauteclocque ne s'était pas d'abord effrayé; il pensait que, sauf chez quelques exaltés, cette entreprise ne ferait pas fortune. On en parlait peu ou point, si ce n’est dans les bureaux du Propa- gateur on signait cet acte mystérieusement. Plus tard, il crut devoir prévenir le vicomte Blin de Bourdon des manœuvres qu’on employait. On mettait tout en usage pour révolutionner le pays.

(2 p. 61) D'après les renseignements fournis par le Maire d'Arras sur la demande du Préfet, et recueillis pendant quatre jours de recherches presqu'infructueuses : le projet d'association, rédigé à Boulogne, fut déposé d'abord chez M. Sansot, habitant de cette ville, retiré quand on apprit que le Procureur du Roi se proposait d'exercer des poursuites, et envoyé à Arras à M. Harlé. Il avait d’abord été convenu de le remettre chez un ou deux notaires, mais pour des raisons analogues à celles qui avaient fait renoncer à Boulogne à un dépôt public, on décida qu’on se passerait ce document de mains en mains, puis qu'on le donnerait à M. Frédéric Degeorges pour le conserver dans les bureaux du Propagateur.

Le baron de Hauteclocque ajouta : « On obtint des signatures, mais la précaution avec laquelle on colporta cette pièce, la réserve avec laquelle en parlaient les plus chauds partisans de l'opposition, faisaient croire qu’il y avait peu d'adhérents et que cette manifestation nouvelle n'avait lieu dans le département que par suite de l’impulsion donnée d'en haut, impulsion à laquelle nos habitants prenaient une part peu active. Ils ont souvenance de 4792 et de 1794 et de ce qui s’est passé alors à Arras. Ils appellent ces listes des tables de proscrip- tion. Vous pouvez assurer au Ministre qu'on parle peu de cette affaire et les esprits n’en sont pas occupés. 1] est difficile, à cause du mystère dont on s’entoure, de connaître les noms des signalaires; mais, on peut dire que le nombre en sera très petit et qu'il comprendra seule- ment les chefs du Comité d'Arras et les plus ardents de leur clientèle. »

(1) Le Propagateur dit qu’à Béthune on recueillit cent signatures en peu de temps pour l’acte d'association. Il est vrai que M. Degouves

== 49 Be. -

Le Gouvernement4ne”pouvait pas rester indifférent à ces manœuvres coupables. Il considérait avec raison ces asso- ciations, sous quelques dénominations qu'elles fussent annoncées, comme se rattachant à l'organisation d'un système général d'opposition avec lequel tous les efforts des ennemis de l'ordre et de la Monarchie tendaient à fanatiser les esprits. Elles avaient un centre commun dont l'impulsion était toujours hostile. Ce fut le 2 octobre 1829 que le comte de la Bourdonnaie, ministre de l'Intérieur, fut informé par un article de l'Echo du Nord du 26 septembre qu'on allait former cette Association dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il s'établit de suite, entre lui et le Préfet de ce département, une correspondance confidentielle il lui demandait d'envoyer des renseignements sur son existence dans le Pas-de-Calais, et de se procurer le nom de ceux qui en faisaient partie. Il reconnaissait que c'était difficile à savoir. Il comptait sur ses soins les plus dévoués pour les obtenir (1).

de Nuncques était venu à Béthune et un propriétaire avait organisé une réunion en son honneur.

(1) C'est le 8 décembre que le Ministre écrit au Préfet qu'on fait circuler à Boulogne l'acte d'association pour le refus de l'impôt, et que plusieurs signatures ont été apposées.

1 lui demandait de prendre des informations et de se procurer la liste des signataires, de se concerter avec l'autorité judiciaire sur les pour- suites qu'il serait convenable de diriger contre les auteurs et toutes les autres personnes qui prendraient part à un acte si répréhensible d'opposition au Gouvernement du Roi. Le 40 décembre, nouvelle lettre pour savoir si les poursuites judiciaires seraient possibles et . dans ce cas, ne pas hésiter à les faire. L'administration doit dans tous les cas opposer à ces perfides manœuvres la plus ferme, la plus constante vigilance. « Je vous prie de me tenir au courant de toutes les circonstances qui pourraient avoir quelque intérêt et des mesures que vous aurez jugé à propos d'employer à cet égard. »

Le 17 décembre, il accuse réception au Préfet de son rapport, et lui demande de transmettre au Gouvernement et au Ministère public tous les renscignements qu’il pourra recueillir. « Je me plais à croire que le . Tribuual de Boulogne reconnaitra les graves et funestes conséquences

EN

Le Préfet ne put lui donner que peu de renseignements certains. Pour s'en procurer le vicomte Blin de Bourdon en demanda à ses Sous-Préfets, mais il n'en obtint guères. Le Ministre recommandait d'agir avec vigilance et énergie, de le tenir exactement au courant de toutes les circonstances qui pourraient avoir quelqu'intérêt. Il aimait à croire qu'aucun fonctionnaire n'avait coopéré à cet acte délictueux; mais, si contre toute attente, il en était qui se fussent permis de compromettre ainsi le caractère dont ils sont

qu'entraînerait l'impunité des individus, assez ennemis des intérêts de leur pays et de la Monarchie pour seconder des tentatives qui ne tendent qu’à familiariser les masses avec des idées de troubles et de désordre, et à répandre chez elles la méfiance et la désaffection. »

« Les juges appelés à se prononcer sur des faits évidemment coupa- bles, sentiront, j'espère, toute l'étendue de leur responsabilité dans cette circonstance et en rendront un éclatant témoignage selon les intentions du Gouvernement. Leur jugement exercera une salutaire influence sur les esprits qu’on tenterait encore d’égarer. Que dans tous les cas l’attitude ferme de l'administration, son active vigilance annonceut à tous ceux qui participeraient à ces perfides manœuvres, qu'ils s’alié- neraient toute espèce de bienveillance et de faveur de la part du Gou- vernement. Îl terminait en disant qu'il comptait sur sa vigilance et son énergie.

Dans une lettre écrite le 17 décembre, le Ministre accuse réception au Préfet de son rapport et regrette que l'esprit public soit moins bon dans le Pas-de-Calais; l’action de l'administration ne doit pas être passive, mais active pour appeler la sévérité des lois sur les projets des ennemis de l’ordre public et de la Monarchie. « Vous devez même la rendre ostensible, si elle doit en acquérir plus de force. Soyez convaincus que le Gouvernement secondera vos efforts. »

Le lendemain, nouvelle lettre relative à l’insulte faite au buste du Roi brisé et foulé dans un diner chez un maire des environs de St-Pol,

Le 21 décembre, il accuse réception au Préfet de l’acte d'association.

Le 28 décembre, nouvelle lettre au Préfet pour lui recommander de surveiller, de la manière la plus rigoureuse, M. Degeorges dans ses démarches, dans ses propos, comme dans ses relations. S'il y avait lieu à des poursuites, il fallait les faire sans hésiter si on pouvait espérer un résultat avantageux. L'administration se séparera sans hésiter de tous ceux qui prendraient part aux manœuvres de la male veillance, et si elle est livrée à ses simples forces, qu'elle ne craigne

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revêtus, il le priait de les signaler afin qu'il pût prendre les ordres du Roi à leur égard.

J] fallait traduire devant les tribunaux les auteurs d'actes de malveillance contre le Gouvernement ainsi que les orga- nisateurs de l'Association et les membres des Comités électoraux qui commettraient des actes délictueux.

Cette énergie demandée à des fonctionnaires mal soutenus par le Gouvernement et les tribunaux (1), fut plus factice que réelle. On fit peu de choses et on obtint peu de résultats.

pas de les employer à soutenir et à faire craindre et respecter l'autorité qui lui est confiée. 11 lui demandait de nouveau le nom des signataires de l’acte d'association et des membres des Comités électoraux, avec leurs prénoms, professions, état de fortune, moralité et autres indications. Ces institutions, sous quelque dénomination qu’elles soient annoncées, se rattachent à un système général d'opposition vers lequel les ennemis de l’ordre et de la Monarchie tendent à familiariser les esprits, et qu'elles ont un centre commun dont l'impulsion est toujours hostile.

Il recommandait encore vigilance, énergie et soins dévoués.

(4) Le Procureur du Roi cita devant le Tribunal de Boulogne, l'Annotateur boulonnais, son gérant, le rédacteur d’un article sur ces Associations, et M. Sansot, membre du grand collège qui avait été dépositaire de l'acte d'association. On les accusait d'excitation au mépris du Gouvernement du Roi. Ils furent acquittés. Ce journal prétendit que cette poursuite avait engagé cinq cents contribuables de Boulogne à signer l'acte.

Le Ministère public interjeta appel, et la Cour royale de Douai condamna, le 40 mai 1830, l’Annotateur à 300 francs d’amende et l’auteur de l’article à un mois de prison pour avoir cherché propager le refus de l'impôt.

Il n’est pas étonnant que les magistrats se soient montrés indulgents pour les Journaux de l’opposition. Surtout depuis le Ministère Marti- goac, un certain nombre de membres appartenaient au parti libéral, Le Propagaleur et le Mémorial de la Scarpe eurent une discussion en 1829 avec le Journal du Nord, organe royaliste, au sujet de la nomination d'un conseiller auditeur à la Cour royale de Douai. Le Procureur du Roi à Saint-Omer prit pour sujet du discours de rentrée du Tribunal de cette ville, en 1829, l’/ndépendance des Magistrats, Le Propagateur en fit tellement l'eloge que l'auteur lui écrivit pour rectifier certains passages de l'article et dire qu'il ne méritait pas les compliments qu’on lui faisait.

5)

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Le Gouvernement en présence de l'opposition violente du Propagateur, essaya d'arrèter sa publication. La Censure n'existait plus,tout le monde pouvait publier un journal, mais il fallait l'autorisation ministérielle pour être imprimeur. On chercha à empècher Propagateur d'en trouver un. Quand le sieur Souquet, éditeur de la Revue départementale, en eut cessé la publication, il traita avec les fondateurs du Propagateur pour son impression, puis il désira se retirer et proposa pour le remplacer le sieur Évariste Audibert. Le 16 novembre 1829, il fit signifier au Maire d'Arras que ses ateliers seraient transférés de la rue Saint-Maurice dans la rue Saint-Jean-en-Lestrée étaient déjà les bureaux du Propagateur, ce qui eut lieu ce mème jour.

La demande du sieur Souquet au Ministre n'était pas encore admise. Le Maire d'Arras, le 29 octobre, avait écrit confidentiellement au Préfet que le sieur Audibert n'était qu'un prête nom et que le véritable acquéreur de l'impri- merie était le Propagateur. 11 conseillait d'examiner la demande avec attention, car un journal, de quelque nuance qu'il fût, ne pouvait avoir à sa disposition une imprimerie sans de graves inconvénients. Le vicomte Blin de Bourdon écrivit dans le même sens au Ministre, et celui-ci répondit le7 novembre pour dire qu'il n’autorisait pas ce transfert (1).

(1) Voici cette lettre :

« Monsieur le Préfet, j'ai reçu votre lettre du 29 octobre dernier par laquelle vous me donnez de nouveaux renseignemens sur le sieur Audibert qui a été présenté pour succéder au sieur Souquet, imprimeur- libraire à Arras.

Le sieur Souquet se démettant volontairement de son titre au profit du sieur Audibert, et ce dernier n'offrant point au Gouvernement les garanties convenables, le Gouvernement doit se borner à déclarer qu’il n’y a pas lieu de procéder à la nomination. Le sieur Souquet restera maître dès lors de continuer ses fonctions ou de désigner un autre candidat.

Le Gouvernement, en effet, n’est point obligé de donner un success seur à l'imprimeur ou au libruire qui veut trafiquer de son titre. La

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Le Préfet, le 13 de ce mois, chargea le Maire de signifiér au sieur Souquet cette décision. Le baron de Hauteclocque écrivit à ce fonctionnaire, le 16 novembre 1829, qu'il avait exécuté ses ordres. Dans toute autre circonstance, le trans- fert d'un brevet de libraire serait fort simple et fort régulier; mais, dans le cas actuel, il présentait un caractère de gravité et d'importance qui lui paraissait devoir appeler son attention et celle du Gouvernement du Roi. Car, en réalité, c'était le Propayateur qui devenait propriétaire de l'imprimerie établie près de ses bureaux. Il voulait installer également un cabinet de lecture, ce qui augmenterait le danger. Enfin, le sieur Audibert était un ancien oflicier bonsapartiste (1).

Le Propagateur ne pouvait laisser passer sans protes- tation ces refus, et, dans son nu méro du 18 novembre 1829, il déclara que c'était une nouvelle attaque contre la Presse, Il ne la comprenait pas (2). Le sieur Audibert était royaliste,

sévérité qu'il a le droit d'apporter dans l'examen de la moralité et de la capacité de ce successeur, est la seule garantie qui puisse mettre la société à l'abri d'un commerce clandestin qui substitue une responsa- bilité factice à une responsabilité réellé, et qui prostitue la presse au service d’une faction subversive et corruptrice.

Je vous prie, en conséquence, de déclarer au sieur Souquet que Île sieur Audibert ne peut être nommé imprimeur-libraire en son lieu et place, et que ce dernier ait à s'abstenir de s’immiscer en rien dans l'exercice d’une profession qui lui est interdite. »

(4) Le Maire d’Arras écrivit confidentiellement au Préfet, Île 29 novembre, qu'une partie des ouvriers du sieur Souquet chantaient des chansons bonapartistes. Celui-ci n'avait consenti qu’à prêter son nom pour l'imprimerie du journal], car il désirait se retirer. Il laissait seulement le temps au Propagateur de réaliser la vente qu’il lui avait faite.

Dans un article du 28 novembre 1829, le Propagaleur protestait contre l’accusation d’être bonapartiste.

(2) Le Propayateur s'étonnait de l'hostilité montrée contre lui.

Le 21 novembre 1829, dans un article intitulé À nos Lerteurs, il dit : « Le Pas-de-Calais, depuis un quart de siècle, était privé d’un journal indépendant quand le Propayateur fut créé dans le départe- ment. Il devait s'attendre à des injures, à des attaques, à des pour

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fils d'imprimeur, imprimeur lui-même, littérateur, et avait vendu des livres édités par lui. Il était étranger, par son âge et son caractère, aux luttes politiques. Cinq imprimeurs d'Arras lui avaient délivré un brevet de capacité. Il ajoutait : « Le Propagateur ne tombera pas! Que le sieur Souquet reste ou soit remplacé par un protégé de la Congrégation, le journal continuera car il a un acte qui oblige l'imprimeur, quel qu'il soit, à lui prèter ses presses. Il continuera à garder son franc parler pour dire des vérités utiles et criti- quer énergiquement les mauvais ministres et les méchants administrateurs (1). »

Le sieur Souquet retira probablement sa démission car le journal continua de paraitre et le Gouvernement, après

suites. Îl n'avait fait que défendre la Charte et les lois organiques et porter au pied du trône les revendications et les vœux du pays. Il contrôlait les actes des agents du Gouvernement, il devait les irriter car ils étaient convaincus de leur omnipotence. Ils le traitèrent de séditieux. Il fut soutenu par l'opinion publique, et dans les campagnes, quand on avait à souffrir d’un fait délictueux de l'administration, on disait : J'irai me plaindre au Propagateur. »

Le 5 décembre, il dit qu'on lui conseille de continuer sa polémique, les ministres passent comme une épidémie. Il ajoute : « Habitants du Pas-de-Calais, redoublez de zèle pour l'exercice de vos droits. »

Ce journal affirme son attachement aux institutions du pays, son respect par la religion de l'État, son amour pour la Charte.

(4) Toujours, disait-il, le journal restera inébranlable et sans crainte pour ses destinées ; il prêchera l'union des citoyens, le triomphe des lois et de la tolérance. Il défendra la Charte, dans l'intérêt du Roi que nous respectons; il restera le défenseur des principes conservateurs des droits publics et privés, signalera les dangers du despotisme, les bienfaits de la liberté; il vouera à l’exécration générale ces hommes effrayants qui ne sont arrivés au Pouvoir que pour faire triompher l'ancien régime et pour anéantir nos droits. Le jésuitisme conserve encore des partisans, nous Îles poursuivons et, comme le Pouvoir absolu, s'il ose se montrer, nous lui arracherons son masque et nous traînerons le monstre, malgré ses rugissements, au tribunal de l'opinion publique.

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l'essai malheureux qu'il venait de faire, le trouva plus acharné à le combattre.

L'assemblée des actionnaires du Propagateur eut lieu le 27 août 1829. On rendit compte de la situation du journal depuis le 15 novembre 1828, date de sa fondation, jusqu'au 30 juin 1829. Les bénéfices permettaient de donner un divi- dende de 6°; on devait, la première année, l'ajouter au capital. Il aurait pu étre de 15 °/0 sans les dépenses de premier établissement. Les actionnaires approuvèrent les comptes et les propositions.

En rendant compte de cette assemblée, le Propagateur faisait valoir le succès du journal et les services rendus par lui et sa promesse de dévoiler les abus (1) ; mais on avait eu à subir des poursuites judiciaires (2) et d'autres étaient toujours menaçantes.

(1) Le Propagateur ne publiait pas seulement des questions politiques.

Le 41 décembre, il publia un article sur la lenteur des diligences (il cite la voiture d’Arras à Doullens) et un autre sur la loterie.

Le 12 décembre, autre article sur le budget de la ville de Montreuil, puis un plan d'association pour le soulagement de la population pauvre des villes. Le 21 décembre, article sur les fonctions de maire. 23 décembre, « de l'influence des libertés publiques sur l’agriculture ». Après avoir attaqué la taille les droits seigneuriaux, la main-morte, etc., il fait voir combien la situation s’est améliorée depuis l’ancien régime. Îl se plaint qu'on n'encourage pas assez le commerce et l'industrie.

(2) Le Propagateur fut poursuivi par MM. Hamille et Guilbert, préposés des douanes, pour faux. Le journal avait dit que, lors du naufrage près d'Étaples d'un brick anglais, ils avaient empêché les habitants d'un village voisin de conduire chez eux, avant que la Com- mission sanitaire se fut prononcée sur l'origine du navire, un nègre qui seul avait échappé à la mort. Le Propagateur trouvait leur conduite barbare. Condamné en première instance, il fut acquitté par la Cour d’appel de Douai, sur la plaidoirie de Me Bruncau, en juillet 1829. On jugea que les plaignants n'étaient pas suffisamment désignés. Le Ministre de l’Intérieur demanda au Préfet du Pas-de-Calais le résultat de ce procès. Le Propagateur fut également traduit devant la Chambre

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Nous quitterons la politique pour nous occuper de l'admi- nistration du département et de celle de la ville d'Arras pendant l’année 1829.

Le baron de ITauteclocque continua de remplir avec intel- ligence et dévouement ses fonctions de Maire de cette ville, et fut encore, à ce sujet, attaqué par le Propagateur (1).

des mises en accusation du Tribunal d'Arras pour avoir reproduit des fragments d’un poème de Méry et Barthélémy intitulé Waterloo. On y attaquait le maréchal de Bourmont, ministre de la Guerre, pour avoir abandonné Napoléon avant cette bataille. On accusait ce journal d’avoir cherché à renverser le Gouvernement du Roi et à ébranler la fidélité des troupes. Il répondit, par l'organe de Me Huré son avocat, que ce poème avait été reproduit par d’autres journaux qui n'avaient pas été poursuivis. Îl ajouta que toujours il avait combattu le despotisme. II fut relaxé de la poursuite.

(4) Le Propagateur ayant sous de vains prétextes refusé l'insertion d’une lettre que le baron de Hauteclocque lui avait envoyée en réponse à un article calomnieux, celui-ci crut devoir publier cette lettre dans le Moniteur universel du jeudi 5 février 1829.

« Arras, le 29 janvier 4829, Monsieur le Rédacteur,

J'ai dédaigné jusqu'à présent de relever les articles calomnieux insérés dans divers numéros de votre feuille relativement à mon administration, laissant à l'opinion publique et au bon sens de mes concitoyens le soin de les apprécier et d’en faire Justice. Ainsi, quand vous avez parlé de moi, à l'occasion de la formation de la liste des notables qui a servi à l'élection des membres du Tribunal de commerce d'Arras, je me suis tu, persuadé que l’on s'apercevrait aisément que vos attaques tombaient à faux. La formation de cette liste n'était pas un acte de l’administration des maires, l’article 619 du code de com- merce chargeant spécialement les Préfets de la composer et d’y com- prendre tous les notables de l'arrondissement.

De même les faussetés renfermées dans la pétition de la veuve Lenfle m'ont peu touché, et cette plainte ne m'a pas paru digne de réponse. Elle contenait des injures qui ne pouvaient m'atteindre ; car, outre qu’elle était sans objet, puisqu'il existait un moyen légal d’ex- porter les vinaigres avec remise du droit d'octroi, elle devait être regardée comme une vaine déclamation contre moi, par cela seul que l'administration municipale est tout à fait étrangère au service de

En, ee

Au mois de mars 1829, le budget de la ville d'Arras fut

l'octroi qui est confié à l'administration des contributions indirectes, par suite d’un acte régulier du 21 juillet 1817.

Plein de confiance dans la droiture de mes intentions et dans le suffrage des hommes éclairés, j'aurais donc continué d'envisager tran- quiflement vos attaques. Mais l’article insidieux du dernier numéro de votre feuille, renferme un outrage trop sensible au cœur d’un magistrat pour rester sans réponse. En parlant de notre appel à la bienfaisance publique, vous attribuez à l'Administration une négligence coupable lorsqu'il s'agit de venir au secours des malheureux. On vient seulement d'y songer, dites-vous. Je me dois à moi-même, je dois à mes collègues les membres du Conseil municipal, à la confiance dont mes concitoyens me donnent un si doux témoignage en ce moment, de repousser avec toute l'indignation qu'elle mérite une accusation aussi fausse que perfide.

Mais, Je n’ai besoin que de votre propre témoignage pour vous confondre.

L'administration vient seulement de songer à venir au secours des pauvres ! Vous n'ignorez cependant pas, Monsieur, que dès le 3 novembre 1828, j'ai appelé de la manière la plus pressante les médi- tations du Conseil municipal sur l’état de misère de la classe indigente et sur les moyens de l’adoucir, et que des mesures furent prises à cet effet.

Le 10 décembre 1828, j'ai appelé de nouveau l'attention du Conseil municipal sur ce point. Une nouvelle résolution fut adoptée.

Le 19 janvier 1829, j'ai encore prié le Conseil municipal de s’accuper des besoins des pauvres. Le Conseil, vu l’urgence, et en attendant l'approbation par le Gouvernement des moyens précédemment adoptés, vota un secours de 3,500 francs emprunté provisoirement sur le crédit des dépenses imprévues de 1829.

C'est ainsi, Monsieur, que je me suis occupé sans relâche, et avec toute la sollicitude possible, d'augmenter les ressources du bureau de charité et de venir au secours de la classe indigente qui, déjà, en a ressenti les bienfaits par les distributions extrordinaires qui lui ont été faites; ce n’est donc point aujourd'hui que je viens d'y songer. Tel a toujours été le vœu de mon cœur et l’objet de mes plus séricuses réflexions. Je pourrais, s'il le fallait, ajouter à toutes ces preuves les huit lettres officielles que j'ai adressées à M. le Préfet à ce sujet.

Vous ne pouvez avoir oublié, Monsieur, la mesure prise il y a deux mois par le Conseil municipal et qui excita les réclamations des bras-

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ainsi fixé (1) : recettes extraordinaires, 6,000 francs (2),

seurs d'Arras; quel était, je vous le demande, l’objet de cette mesure ? Pourriez-vous l’ignorer, vous qui en avez inséré la censure, dans les colonnes de votre feuille? N’était-elle pas inspirée par le désir louable d'appliquer aux indigents les résultats et les bienfaits qu’on devait en attendre ? Vous saviez donc, à n’en pouvoir douter, qu'on s’occupait, il y a près de trois mois, des moyens à prendre pour adoucir la misère des pauvres; et vous venez nous déclarer aujourd'hui qu’on vient seulement d’y songer. En vérité, Monsieur, soyez à l'avenir plus adroit dans vos inventions, car les lignes que nous avons relevées ne sont qu'une grossière calomnie d’autant plus coupable qu’elle pouvait arrèter l'élan de la bienfaisance publique. Il ne me convient pas de répondre aux observations que vous faites sur le mode adopté. Je me bornerai à vous dire que Île Conseil municipal, consulté officieusement par moi sur l'opportunité d’une quête, a improuvé ce moyen, que la souscrip- tion, seulement ouverte depuis deux jours, s’élève à plus de 9,000 fr.; tandis que la dernière quête, faite en pareille circonstance, n’a produit que la somme de 4,867 francs, et vous saurez que pour les personnes qui ne veulent pas rendre le papier confident de leur bienfaisance, il se trouve à l’Hôtel-de-Ville, ainsi que chez le Receveur municipal, un tronc tout aussi discret que le sac du quêteur municipal.

Vous terminez votre article en vous plaignant de n'avoir pas été compris dans le nombre de ceux à qui des lettres d'invitation ont été adressées. Cet innocent oubli provient de ce qu'on a suivi les états de population et les numéros de section pour les suscriptions des lettres envoyées, et malheureusement votre demeure n’en a pas. Cette futile inadvertance ne saurait refroidir votre ardente charité; et, sans doute, vous nous prouverez bientôt, par une offrande généreuse, que celui qui se prétend constituer l'organe des besoins de la cité, ne se contente pas de prêter sa plume pour révéler ces besoins, mais qu’il ouvre avec empressement sa bourse pour les satisfaire. »

Le Propagateur ne laissa pas sans réponse la lettre du baron de Hauteclocque.

(1) Le Propagateur, le 26 octobre 1829, écrivit un article pour demander la publicité des budgæets communaux. Il demanda aussi en 1829, un meilleur nettoyage des rues d’Arras et un changement dans l'heure de l'ouverture des portes de la ville. Il traita aussi la question des octrois.

(2) On vendit le 29 novembre 1829, dans l'ancien cimetière de Saint- Nicaise, 4,463 pieds d'arbres (frênes, ormes, sycomores).

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recettes ordinaires, 293,065 francs, total 299,065 francs. Dépenses ordinaires, 255,614 francs, dépenses extraordi- naires, 43,318 francs, total des dépenses 298,932 francs, excédent de recettes 133 francs. Les frais de perception de l'octroi s'élevaient à 24,000 francs. Les Hospices deman- daient un secours de 50,000 francs. On leur en accorda un de 38,000 francs. Le Conseil municipal vota 13,800 francs pour l’Hospice des vieillards et 700 francs pour acheter les feuilles de manuscrit volées à la Bibliothèque d'Arras (1).

Le Conseil municipal s'était occupé les 2 avril-5 juin 1826 et 44 mars 1827 des églises des faubourgs, et avait voté 20,000 francs pour en bâtir deux. Les habitants avaient offert des terrains, mais M. Grandsart, l’un d'eux, retira sa proposition pour l'église du faubourg Ronville. On décida alors qu'on bâtirait seulement celle du faubourg St-Sauveur. Le lion du beffroi menacait ruine, on vota 450 francs pour le réparer.

Il fut question également du transfert du Marché au pois- son, il se tenait sur la place de la Comédie, ce qui présentait des inconvénients à cause de l'odeur qu'il répandait. On demandait par des pétitions son transfert. Le journal le Propagateur était de cet avis, prétendant que ce marché dégradait une place qu'il appelle le « Palais Royal », c'était

(1) On imprima dans l’/ndicateur de Calais : « Il y a quelques années une partie des parchemins de la bibliothèque de Saint-Vaast fut mutilée par un scélérat. Un grand nombre de feuilles arrachécs par ce vandale ont été retrouvées, grâce aux recherches actives de l'habile diplomate anglais (sir Philipp) auquel on doit la publication des catalogues et maouscrits des Bibliothèques publiques de Lille et d'Arras. Ce savant archéologue s’est empressé de les acheter et d’instruire de son heureuse découverte le Maire d'Arras, en lui annonçant qu'il les tenait à sa disposition. M. de Hauteclocque accucillera sans doute avec empresse- ment l'offre du généreux étranger que nous avons le plaisir de compter depuis quelque temps au nombre des habitants de Calais. »

Ces feuillets de velin, arrachés aux plus précieux des manuscrits de la bibliothèque, étaient offerts au prix d'achat.

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un cloaque qui entravait la circulation. Mais il reconnaissait la difficulté de trouver un autre emplacement. 11 proposa le boulevard nouvellement aplani à la suite du Marché aux moutons (1).

Le Conseil municipal décida qu'on rendrait à la famille de Beaulaincourt les documents qui la concernaient; le Conseil municipal rejeta la demande de Mlle du Feillans, héritière

(1) Le Propagateur du 5 avril 1829 publia la lettre humoristique suivante :

« Décidément votre Propagaleur est un brouillon, un humoriste. Sa causticité n'épargne rien. C’est, aujourd'hui, au Marché au poisson qu’il a déclaré la guerre. Vous n’avez point craint de noircir les tables de nos poissonniers et de déverser tous les venins de la calomnie sur la fraîche marée. Oui, Monsieur, à la lecture de votre article, incon- tinent, toutes les cuisinières de la ville ont frémi de colère ! Que dis-je! J'ai vu les carpes elles-mêmes, au marché de samedi dernier, bondir d’indignation, les sauterelles se lever en masse, comme jadis en Égypte ; et peu s'en est fallu que les anguilles de mer se dressassent sur leurs anneaux comme des serpents à sonnettes pour siffler votre arrêt de proscription. Vous avez en effet l’odorat bien délicat pour vous plaindre tandis que nous voyons les narines, je ne dis pas des neuf Muses (celle de la Comédie est absente) qui décorent notre salle de spectacle, sentir l'odeur que fait monter vers elles certain endroit du marché qu’on appelle le Puits, et que connaissent très bien les ama- teurs de poisson faisandé. Il vous convient bien de vous boucher le nez, quand les Déesses elles-mêmes ne se permettent pas d'avoir des vapeurs. Je vous soutiens, moi, qu'il n’est pas, dans une ville, d’em- placement plus convenable à un marché au poisson que le centre. Tous les centres, dans un Gouvernement représentatif, appartiennent de droit à la gastronomie; d'où vient donc que la marée se trouverait en dehors de la loi constitutionnelle ? Et dans quel endroit prétendez- vous la reléguer ? Dans votre salle de concert ?.. Contentez-vous d'y faire chanter un jour, si vous le pouvez, votre pécheur Masantiello. Puisque nous sommes dans le siècle des indemnités, vous auriez été plus raisonnable de placer à la place Sainte-Croix le #:nck en dédom- magement du charbon qu'on lui a ravi pour l'enterrer tout vivant dans un cimetiere. Peut-être auriez-vous pu encore parler de la place du Wetz d'Amein,; mais, comme le poisson donne la peste, vous êtes trop philanthrope pour ne pas consulter la santé des malades de l'hôpital. La place de la Madeleine ? Mais c’est encore le centre de la

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de Mgr de Conzié, qui réclamait des tableaux se trouvant au Musée d'Arras; ils avaient été confisqués lors de l’émi- gration de cet évèque. Le Conseil municipal prétendit qu'elle ne justifiait pas suffisamment de son droit de propriété, et un des tableaux qu'elle réclamait, représentant une mar- chande de poissons, existait déjà à l'Évêché du temps de Mgr de Bonneguise. Du reste, la ville les avait acquis léga- lement.

ville; mais l’'Evèché! Vous vovez done que pour vous satisfaire, on n'aurait d'autre ressource que de précipiter le Marché au poisson dans le Crinchon ou dans le gouffre. Pensez à nos estomacs, proscripteur de nos friandises ! Gardez pour vous vos odieuses Philippiques. L'expo- sition de la marée accuse, dites-vous, une civilisation arriérée; elle vaut bien, ma foi, celle de vos antiques en plâtre, de la savate de la reine Berthe, du peigne du roi Thierry, de vos crocodiles et coquillages. Elle dégrade une place qui est pour vous le Palais Royal. J'accepte la comparaison. Mais au Palais Royal même, au milieu de ces pompeux magasins brillent les produits de tous les arts, vous n'avez donc jamais respiré les vapeurs, les saveurs énivrantes des turbots, des homards, des truites du lac de Genève, dans l’appétissante boutique de Monsieur Chevet, parfumant toutes les avenues de la galerie vitrée ? 11 m’en souvient encore lors de mon dernier voyage à Paris ! Dieu ! quelles délices !.…

Ce lieu que vous qualitiez de cloaque en plein vent, n'est-il pas le rendez-vous de la meilleure société ? On n’y voit pas seulement des rouges, des merlans ou des esturgeons, mais encore des banquiers, des rentiers, des officiers, des légistes, des publicistes, etc. Je vous defic de trouver en France une Bourse de commerce mieux composée.

La circulation publique est, dites-vous, entravée. Mais, nous ne voyons pas le grand mal que les voitures soient obligées de faire le grand tour pour que les gourmets puissent flnirer, mirer, contempler, et enfin acheter leur poisson sans risquer d'être écrasés.

Vous invoquez l'intérêt du commerce! Demandez aux débitants circonvoisins si les précautions que vous prenez pour leur sùreté, seraient favorables à l'écoulement de leurs spiritueux.

Renoncez done, Monsieur, au coup d'État que vous méditez contre la marée. Vous qui parlez chaque Jour contre l'abus des destitutions et de l'amovibilité des places, daignez permettre au Marché au poisson de garder la sienne. »

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L'exercice du culte protestant à Arras donna lieu,en 1829, à des difficultés. Le pasteur Billot avait obtenu du Conseil municipal une indemnité de logement; il avait demandé, en 1827, un local pour les offices religieux. 1l n’y avait, alors que soixante protestants. Un membre du culte réformé avait également prévenu le Maire, en 1829, qu'on en célé- brerait les cérémonies dans son domicile, rue de la Cronerie, comme culte domestique. Cette même année, le Président du Consistoire de Lille, écrivit au Préfet pour lui demander l'autorisation d'élever à Arras un petit temple. 11 s'adressa aussi à la ville pour qu'elle participât à la dépense. Outre les protestants habitant Arras, il y en avait, disait-il, dans les environs et dans la garnison. Le maire répondit, le 4 août 1829, qu'il ne croyait pas utile d'autoriser ce temple, car on avait exagéré le nombre des protestants, il y en avait trop peu pour que cela fût nécessaire. M. Billot écrivit au Ministre le 10 novembre qu'en présence des renseignements défavorables de la Municipalité, il ne voulait pas établir de polémique avec elle et prouver l'exactitude de ce qu'il avait dit; il renonçait à élever un temple; il avait prévenu le Maire que les protestants se réuniraient tous les dimanches dans un vaste local loué rue Sainte-Croix. Le baron de Hauteclocque répondit, le 10 novembre, qu'il ne donnait pas son autorisation, vu le nombre peu important des personnes appartenant au culte réformé à Arras. L'oratoire d'Achicourt, situé à une demi-lieue, suffsait; bref, c'était aux chefs de famille et non à M. Billot, de faire la demande. Celui-ci lui envoya une longue lettre il maintenait sa première en invoquant l'article 5 de la Charte garantissant la liberté des cultes, abrogeant les articles 291 et 294 du Code pénal, et déclarait qu'il ouvrirait son oratoire. Le Maire lui fit dire par le commissaire de police qu'il lui fallait l'autori- sation du Gouvernement. Ce pasteur écrivit alors au Préfet, qui s'adressa au Maire; celui-ci lui répondit ainsi qu'à M. Billot, le 14 novembre. II se justifiait de toute idée de

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persécution religieuse ; il ne faisait qu'exécuter la loi. L'Administration municipale ne pouvait accorder d’autori- sation de ce genre avant qu'on lui eût indiqué le local et que la demande fût faite par les chefs de famille; enfin, il ne redoutait pas l'opinion publique dont on le menaçait. L'affaire alla au Ministre qui autorisa les protestants d'Arras à se réunir à la condition que leur culte ne se manifes- terait par aucun signe extérieur (1), et M. Thomas Langlet fut autorisé à affecter une partie de sa maison à cette destination (2).

On ouvrit dans le Propagateur une souscription pour les frais de ce culte et on fit une inauguration du temple.

M. Dehée-Cayet, négociant à Arras, demanda au Maire d'établir à ses frais une grue près du rivage pour le déchar- gement des bateaux; il offrait pour cela de louer une partie du quai. M. Raffeneau, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, était favorable sous la condition qu'on devrait l'enlever à la première réquisition du Gouvernement. Le Conseil municipal nomma une Commission pour étudier l'affaire. L'architecte de la ville fit un devis qui s'élevait à 8,151 francs. Le Conseil municipal examina s'il fallait mieux laisser l'exploitation de cette grue à un particulier à charge de payer une redevance annuelle, ou la faire

(1) Le Propagateur attaqua l'Administration municipale avec beau- coup de vivacité sur la malveillance qu’elle avait montrée dans cette affaire. Le baron de Hauteclocque écrivit au rédacteur du journal, en Janvier 1830, une lettre lui offrant de lui démontrer, dans une réunion à l'Hôtel de Ville et de vive voix, l’inexactitude de ses accusations; qu’il n'avait fait qu'exécuter la loi et que le Ministre lui avait donné raison.

(2) Les réunions avaient lieu les dimanches et jours de fêtes protes. tantes à 44 heures et à 3 heures du soir. En outre, les mercredis et jeudis, il y avait réunion à 7 heures du soir. On commémorait l'anni- versaire de la mort de Louis XVI et celle de Marie-Antoinette. Le 31 janvier 1830, le temple fut orné de draperies noires et le pasteur Billot lut le testament de Louis XVI.

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gérer par un préposé. La solution de l'affaire se fit attendre, elle n était pas arrivée en 1830.

Une question qui intéressait la ville d'Arras et le dépar- tement, fut l'acquisition d'une partie des bâtiments de l'ancienne abbaye de St-Vaast. Ils avaient été affectés à la dotation du Sénat et, par une ordonnance du Roi du 4 juin 1814, à celle de la Chambre des Pairs, il fut question, dans la session de 1828, de vendre au profit de l'État les anciennes Sénatoreries. Une loi du 29 mai 1829 décida cette aliénation. La ville d'Arras, depuis longtemps, jouissait de la Biblio- thèque et de la partie du cloitre qui la longe. Le départewent occupait une portion du grand eloitre il avait nus ses archives. L'autorité ecclésiastique désirait avoir à St-Vaast le petit séminaire, car le Gouvernement devait fournir pour cela un local. Le Préfet était d'avis de s'entendre avec l'Évêque à ce sujet. Le Conseil municipal décida, ie 21 août 1829, qu'il achèterait une partie de l'ancienne Sénatorerie ainsi que le jardin botanique. If proposa au Gouvernement pour le paiement une redevance annuelle de 6,000 fr. (1).

Cet arrangement n'aboutit pas d'abord. Le 25 février 1830, l'abbé Dubois proposa au Conseil municipal d'Arras, dont il était membre, de s'entendre avec l'Évèque pour acheter cette propriété en commun avec la ville. Celui-ci prendrait la partie qu'il louait pour le petit séminaire. On répondit à l'abbé Dubois que l'Évèque occupait seulement dans ce but le dessus de la Bibliothèque. La ville désirait l'avoir. On pourrait trouver dans Saint-Vaast un autre iocal pour le même usage. Cette allaire ne se termina que plus tard.

Le Roi, le 6 août 1829, nomma conseillers généraux du

(1) Le Préfet, sur l'avis du Conseil Général, alla à Paris au Minis- tère. On lui dit que les Domaines de la Couronne ne pouvaient être aliénés que par voie d'échange contre des biens fonds. Il fallait donc attendre le vote d’une loi qu'on proposerait et qui permettrait à l’'Admi- nistration des Domaines de vendre ces biens dans la forme ordinaire. Le Conseil du Roi était d'avis de les aliéner.

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Pas-de-Calais M. Le Sergeant d'Hendecourt, conseiller à la Cour royale de Douai; M. de Rosny, ancien député à Bou- logne ; M. Fontaine, député de cette ville; M. Brulé maire de Montreuil, conseiller d'arrondissement; M. Isaac, négo- ciant à Calais; M. Allent, propriétaire à Hames-Boucres. C'était des nominations faites in extremis par le Ministère de Martignac (1).

Les préliminaires du rapport du Préfet au Conseil général sont très courtset ne font pas allusion à la situation politique. M. Duquesnoy, quoiqu'il fût député, resta secrétaire, et M. Lallart fut maintenu à la première Commission.

Le Conseil Général fut d'avis que les Frères de la Doc- trine chrétienne étaient insuflisants pour l'instruction primaire (2). [1 fallait une école normale pour former des instituteurs. Les cours durcraient deux ans, il pourrait y avoir de vingt à trente élèves. IT était question d'en former une à Douai; le Préfet proposa d'y voter des bourses de 400 francs.

(1) Une partie de ces nominations indiquait le désir de ce Ministère de se rapprocher de la gauche, en nommant M. Fontaine qui avait sup- planté M. de Rosny aux dernières élections.

Le premier, dit le Propagateur, à sou arrivée au Conseil Géaéral y fut reçu avec empressement, cordialité et reconnaissance. On verra l'hostilité qu'il montra contre le Gouvernement.

Le Propagatleur, le 29 août 1829, disait : « C’est sur le patriotisme, sur le zèle éclairé des membres constitutionnels composant notre Conseil Général, que le département compte pour faire parvenir au Gou- vernement le véritable vœu, le tableau fidèle de ses besoins, l’expres= sion de ses pensées en ce moment. »

(2) Le Préfet, par un arrêté du 10 décembre 1828, avait établi des Comités gratuits pour encourager l'instruction primaire. En 1829, il décida que pour payer les frais qu'ils auraient à faire, on en ferait la répartition entre les communes de leur ressort en proportion de la population. Il avait proposé 600 francs, ce crédit ne fut pas autorisé,

Le Propagaleur attaquait les Frères qu'il appelait « Ignorantins » et les entraves mises par l'Administration dans l’organisation de l'ins= truction primaire.

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Le département acheta à Montreuil l'Hôtel de Long- villers pour en faire la sous-préfecture. Il s'occupa aussi de l'achèvement de la cathédrale d'Arras, de l'acquisition d'une partie des batiments de Saint-Vaast, et de la création de nouvelles routes départementales, au moyen d'un million produit par le vote de trois centimes additionnels extraor- dinaires pendant huit ans à partir de 1831.

La discussion fut vive et.cette proposition ne fut adoptée qu'à une voix de majorité.

On proposa de nommer des commissaires voyers. Il fut question d'établir des courses de chevaux; on y renonça dans le Pas-de-Calais, on se contenta de faire des concours de chevaux comme il y en avait à Paris et à Alençon. Le Conseil Général vota 4,500 francs de primes; un concours eut lieu à Arras pour les chevaux de cet arrondissement et de celui de Saint-Pol. Le Gouvernement donnait depuis plusieurs années des primes d'encouragement aux culliva- teurs s'occupant avec le plus de succès de l'amélioration de la race chevaline.

La fête d'Arras eut lieu avec les divertissements accou- tumés, concert de la Société Philharmonique, etc.

Il fit mauvais temps; la revue et la procession ne purent avoir lieu (1). Il y eut cinq chansons de la fète (2). Le

(1) On composa à ce sujet les vers suivants imités de Virgile :

Le vent, la foudre et la tempête Grondent la nuit comme le jour, Cesar et Jupiter semblent, aurant la fête, Se partager le monde et régner tour à tour.

(2) Chansons de la fête. Il y eut cinq chansons de la fête, c’est l’année elles furent le plus nombreuses. Voici d'abord l'entretien de Jacqueline et Colas :

JACQUELINE

Ech° l’année chi tu dirau pon Qu’ nous somm's atargës d' nou moésson, J'ai fait implett’ d'in biau jupon,

A l’ ducass’ d'Arrau,

Nous irons Colau,

oi = 15 août 1829 eut lieu la distribution des prix du Collège (1).

Mais si vit’ nous nous dépéchonss Adiu pour nous |’ procession

COLAS

D'pu |’ temps que ch' blé qu'il est quére, Gn’a pu d' gambon dins nous armoëre, A ch’ momint-lau faut pon ët' fière :

Du pain et.du bure,

Cha vaut ein friture, Mais l’pir' je peux pu boire in coup; Et j’ viens tout comme in coucou.

0...

COLAS

J’ai acaté des belles bottes,

Cha suit pon avec mes culottes ;

1 vaudrau miu que j’ suiv’ |’ mode Ed tous chés jeun’s hommes Epi d' tous chés crônes,

Comm: ch'là Je m' fraus raviser,

Sans chau je m’ fraus mépriser,

JACQUELINE

In port’ des rob's ed dr’ façon,

Chés manch's inflés comm’ des ballons, Pour être comm’ ch'lau j’n'in vndros pon, Faut pon qu’ chat’ chagreine,

Et j’ tu |’ dis sans peine. Car i faudrau que j’ varos sotte Pour mi mett’ in cotron d’ la sorte.

ss st

B. I.

2e chanson.

Vœux des habitants d'Arras dédiés à l'immortel Turennne en l'honneur de l'anniversaire du 23 août 1828 de la levée du siège d'Arras en 4654.

En mil six cent cinquante-quatre, Vingt-cinq août, jour si chéri. Tous nos uxîeux furent combattre Pour chasser au loin l'ennemi. Sous tes ordres, grand capitaine, lis le battirent sur nes remparts,

= 89 M. Denissel obtint le prix d'honneur. L'abbé Herbet, prin-

Magnanime, inmortel Turenne, Ré<çois nos vœux de toutes parts.

REFRAIN

Grand guerrier, tu verras Toujours notre constance Féter la délivrance De la ville d'Arras.

Le tocsin fatal de nos peines

Pour nos malheurs allait sonner, Ton bras furieux brisa les chaines Que l'étranger voulait donner.

Tu parus dessus nos murailles, L'ennemi fuit à ton aspect,

O foudre et vrai dieu des batailles, Nous le disons d’un saint respect

REFRAIN Grand guerrier, etc.

Nous célébrons ce jour naguèëres Jour le tenare chalumeau

Se fit entendre après la guerre, Tout devient paisible au hameau. Un père, une mère hors de peine, Au loin des tracas des combats, Bénissaient le vaillant Turenne. Répétons comme eux ici bas.

REFRAIN.

Grand guerrier, etc.

lilustre fils de la vallance,

Héros si digne de renom,

Toi qui jadis, dès ton enfance.

Dormait sur l'affût d'un canon,

Dans nos cœurs. comme dans l'histoire, Tes hauts faits resteront écrits.

Chaque an nous féterons la victoire

Du sauveur de notre pays.

REFRAIN

Grandiguerrier, etc.

cipal du Collège, âtitre provisoire, fut nommé définitivement

3e chanson.

LE JOUR DÉSIRÉ ou LA GAIETÉ D’ARRAS Couplets en l'honneur de l'anniversaire d'aoùt 1654.

AIR : Nos amours ont duré une semaine.

Messieurs, d' l'an dernier, c’ n'est pas | même puête, S’ ti n’a pas tant d'esprit dans sa tête,

Mais sur le même air s'ii a fait ces couplets,

C'est qu’il a bien cru que c" l'air vous plaisait.

Si ça vous convient chantez tous satisfaits :

REFRAIN

Le voilà revenu ce jour d'allégresse Ce jour de bonheur si cher à nos cœurs, Jour bien précieux, Doux instants d'ivresse, Oh! d'aussi beaux jours, bi Pour nous devraient durer toujours. te

Beau vingt-cinq août, jour si mémorable, Envers nos aîeux l'ennemi formidable.

D'un siège trop long nous avait harassé, Turenne survint qui les a repoussés.

Chantons en l'honneur de nos malheurs passés.

REFRAIN Le voilà, etc.

Il faut de tout cœur dans ces temps prospères, Féêter le vainqueur qui dit à nos pères :

« Braves habitants, rentrez dans vos foyers, Vous étant baitus comme de vieux guerriers, Vous filerez vos jours à l'ombre des lauriers. »

REFRAIN Le voilà etc.

Courses de bagues à cheval et danses publiques, Comedie et bal, nombreuses musiques,

A maints jeux charmants, nons irons de bon cœur, Tout cela pour fêter notre libérateur.

Couronnons son front et répétuns en chœur :

REFRAIN Le voilà, etc.

es

M. Granoski, que nous avons vu professer un cours de

4e chanson.

Sur le même sujet.

Am : du Petit Tamboar.

L'étranger était à nos portes Et nous préparait des verrous Il fallait voir fuir ses cohortes Quand Turenne fut parmi nous.

REFRAIN

Au bruit du son du clairon, Des violons à perdre haleine, Fétons le grand Turenne, Ce guerrier de renvm, Qui chassa l'ennemi bien loin Par la mitraille et le canon.

L'ennemi se crut la victoire,

Nous forgeant des fers inhumains, Mais le vainqueur couvert de gloire S'en servit pour lier leurs mains.

REFRAIN Au bruit, etc,

En ce jour pour nous si prospère,

Du vainqueur chantons les hauts faits, Oublions les maux de la guerre,

Loin des combats chantons en paix.

REFRAIN Au bruit, etc

ôe Chanson.

TOUS LES JEUX PUBLICS Ronde en l'honneur de la levée du siège de la ville d'Arras en 1654,

AIR : Zurlurelle.

Accourez bons villageois Pour vous unir à ma voix, Venez au son des violons Danser plusieurs rigodons,

Re géométrie descriptive (1) fut chargé de faire au Collège un

Que vos cœurs soient en délire il faut rire, Il fauc rire, Rire, toujours rire.

Pour fêter d'aussi beaux jours

Qui devraient durer toujours,

Il vous faut à qui mieux mieux

Participer à tous nos jeux,

Je n'ai pas besoin de vous dire Qu'il faut rire, etc.

Il faut jouer mes amis

Au jeu de paume au tamis

Et celui qui gagnera

Pour prix il emportera

Certains présents qu'on admire Il faut rire, etc.

La comédie me plaira,

Sans argent un entrera

Car la salle doit être surtout

Dit-on, percée aux deux bouts.

Qu'on y donne Tapin, Zaire, Il faut rire, etc.

L' feu d'artifice commencera,

Pour le voir chacun s’ pouss'ra,

Car tous ces fusées en l'air

Ça doit faire un feu d'enfer.

Je perds mes souliers, tant pire, Il faut rire, etc.

Présenté aux Magistrats de la Ville d'Arras par leur respectueux DeGanp, auteur-chansounier.

AnrAs. Imprimerie Leclercq et Gorillot.

(1 p.81) Le discours fut prononcé par un jeune professeur de rhéto- rique, élève de l’école normale, successeur de M. Sauvage. Il prit pour sujet : « De l'excellence de la Morale dans les lettres et de l’incom- parable union de la vertu et du génie. »

(4) Le Propagateur, à propos de la classe de philosophie du collège, se plaignit qu’elle se fit en latin quand M. de Vatimesnil, Ministre de l’Instruction publique, avait ordonné de la faire en français. Le profes- seur disait qu'en la faisant en latin, on préparait mieux les élèves du

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cours de mathématique, physique et chimie, ilne pouvaiten obtenir la fonction définitive que s'il avait le diplôme de bachelier ès-science, on lui donna pour cela jusqu'à 1830

On imprima le récit des distributions des prix de l'Ecole de Médecine.

L'Académie d'Arras, pour remplacer l'abbé Dissaux, nommé curé à Boulogne, élut comme membre de cette Société, M. Léon d'Herlincourt. Il avait pour concurrents l'abbé Dubois, M. Brégeant et M. Garnier, ingénieur des mines pour le Nord et le Pas-de-Calais

Petit Séminaire, qui suivaient les cours du collège, à l'étude de la Théologie au Grand Séminaire.

Le 14 mai 1829, le Conseil municipal décida que les élèves paieraient la moitié de la rétribution scolaire. L’Évêque réclama, menaçant de les retirer. Il alla à Paris, et M. de Montbel lui promit de faire con- naître au baron de Hauteclocque son désir qu'on revint sur cette décision. Le Ministre demanda que la remise ne s’appliquât qu'aux séminaristes pauvres. Le Conseil municipal s’occupa de nouveau de cette affaire et, le 4 mars 1830, maintint son premier vote à une faible majorité et malgré l'avis du Maire. Le Propagateur dit que c’est le premier échec administratif qu’il éprouva au Conseil municipal.

= 7 1830

AN sommes arrivés à l’année qui verra disparaître

3 la Royauté de la branche ainée des Bourbons. Cette Famille illustre avait donné des siècles de bonheur à la France et l'avait rendue glorieuse. Si on a suivi les événe- ments qui amenèrent son renversement du Trône, on ne doit pas s'étonner de ce dénouement. Il devait être suivi de l'arrivée au pouvoir de gouvernements de rencontre devant causer la déchéance politique, religieuse et sociale de notre pays.

Le 1er janvier 1830 indiqua la gravité de la situation. Charles X, en recevant les corps constitués, adressa ces paroles à la Cour royale de Paris qui avait prononcé de regrettables acquittements en faveur de journalistes accusés d'attaques violentes contre la Monarchie : « N'oubliez jamais les importants devoirs que vous avez à remplir: prouvez, pour le bonheur véritable de mes sujets, que vous cherchez à vous rendre dignes des marques de confiance que vous avez reçues de votre Roi. » Ces mots semblaient indiquer la volonté de se montrer énergique. Mais le vieux Monsrque ne pouvait soutenir ce rôle; quand la Cour royale alla des Tuileries au Palais Royal, elle y reçut des d'Orléans l'accueil le plus distingué.

Les Chambres furent convoquées pour le 2 mars 1830.

Les journaux, prévoyant un coup d'État, engagèrent immé- diatement une ardente campagne (1). Ce n'était pas seule-

(4) Les journaux royalistes disaient : « La Révolution et la Monar- chie vont se trouver en présence; il faut que l’une étouffe l’autre. Les révolutionnaires menacent la Couronne du retus du budget; nous les en défions, la France ne peut cesser de vivre; qu'ils essaient d'arrêter les services publics, de suspendre l'administration, ils verront. C'est un acte de révolte contre l'autorité souveraine; il ne faudra au Roi

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ment le changement d’un Ministère, mais le renversement du Roi qu'ils avaient pour but. L'hiver était rigoureux et la misère rendait les esprits plus hostiles. Il y eut de nom- breux incendies, autre cause d’agitation.

Charles X, effrayé de cette situation, pensa à prendre un Ministère moins désagréable à la gauche avec MM. Roy, de Mortemart, de Martignac, etc. Cet essai ne lui avait pas réussi. M. de Polignac, son ami, restait plein de confiance et affirmait qu'il se procurerait une majorité à la Chambre; il ne proposerait à celle-ci, dans cette session, que des mesures d'intérêt matériel ou des lois d’une incontestable utilité (1). Nous avons déjà vu combien ce Ministre était

que des baïonnettes, il n’en manquera pas. La partie est engagée, il faut qu'on sache ce qu'il y a des deux côtés. Dans la lutte, c’est la Royauté contre l’usurpation; il vaut mieux périr avec honneur dans six mois que misérablement dans deux ans. » Ils traitaient fort mal les électeurs à cent écus et les intrigants qui les soutenaient. Les journaux de l'opposition, de leur côté, disaient : « La crise actuelle est la plus décisive qui se soit présentée pour la Maison des Bourbons ; la question des dynasties se trouve posée pour la quatrième fois en France depuis que les baïonnettes étrangères y ont ramené cette Famille. M. de Polignac a attiré l'orage. Le moment ce Ministre va se trouver face à face avec le pays est vivement attendu, car rien de si humiliant pour un grand peuple que d’avoir chaque matin à prévoir ou à déjouer les folies d’un Pouvoir à la fois menaçant et méprisé. » On traitait les Royalistes de gentillâtres incorrigibles, de terroristes convertis, de parvenus sans honneur, de Tartuffes sans foi, de traîtres sans patrie, d’intrigants de toute espèce affamés de places et d’appointements, de parasites du budget, etc. Dans le Wationul, M. Thiers disait : « Si vous vous révoltez contre la loi ou si vous la refaites, en vertu de l’article 44 de la Charte, on vous résistera, non pas violemment, mais avec la légalité. La continuation de votre révolte vous conduira à tirer le glaive. Or, l'Évangile nous a dit quel est le sort de celui qui se sert du glaive. » On rappelait la Révolution d'Angleterre de 1640.

(1) Au nombre des lois préparées, il y en avait une sur le duel, une sur l'instruction primaire (1,500 communes se trouvaient alors sans école). On devait s'occuper de règlements pour l'Armée et la Marine,

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favorable aux grands travaux publics; c'était facile, car la France était prospère et l'argent ne demandait qu'à trouver un emploi. Ce moyen n'était pas suffisant pour calmer les esprits.

La session s'ouvrit le 2 mars (1). À la messe du Saint- Esprit, le Roi fut accueilli avec froideur. Pour la dernière fois, il prononca le discours d'usage. Après avoir annoncé la fin des hostilités entre la Russie et la Porte et le choix d'un Roi pour la Grèce, il fit prévoir une expédition contre le Dey d'Alger. Il parla des dépenses faites pour la défense du Royaume et de la prospérité du Commerce et de l'Indus- trie, de l'amortissement de la rente, etc. Élevant la voix, il prononcça des paroles pour dire que les droits de la Couronne étant sous la sauvegarde de la Charte, il surmonterait les obstacles qu'on mettrait à l'exercice de son Gouverne- ment (2). Cette partie de son discours devait avoir de graves conséquences (3).

Ce qu'avait dit le Roi, il fallait le faire, maïs était-il néces- saire de le dire ?

La lutte engagée dans la presse des deux partis redoubla de violence. Les journaux royalistes disaient que ce discours

(1) Les députés du Pas-de-Calais furent présentés au Roi le 2 mars.

(2) Voici cette partie du discours royal :

« La Charte a placé les libertés publiques sous la sauvegarde des droits de ma Couronne. Ces droits sont sacrés; mon devoir envers mou peuple est de les transmettre intacts à mes successeurs.

Je ne doute pas de votre concours pour opérer le bien que je veux faire. Vous repousserez avec mépris les perfides insinuations que la malvetllance cherche à propager. Si de coupables manœuvres susci- taient à mon Gouvernement des obstacles que je ne peut pas prévoir, que je ne veux pas prévoir je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste con- fiance des Français et dans l'amour qu'ils ont toujours montré pour leur Roi. »

(3) Charles X très ému laissa tomber son chapeau, il fut ramassé par le duc d'Orléans ; c'était un présage.

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était l'expression des sentiments personnels du Roi (1) et une nouvelle profession de foi aussi sacrée que celle de Reims, Les écrivains libéraux prétendaient que c'était l'œuvre de la contre révolution et devenaient plus menaçants. La réponse au discours royal ne se fit pas attendre. La Chambre des Députés proposa au Roi comme Président cinq membres appartenant à l'opposition (2). Le Roi choisit M. Royer-Collard.

Les fonctions de vice-présidents et de secrétaires furent attribuées à des libéraux. Puis vint la discussion de l'adresse. A la Chambre des Pairs, la majorité de cette assemblée, malgré la nomination de sept nouveaux membres (3) n'était pas favorable au Ministère. Le Président était le marquis de Pastoret. Le projet de réponse eut pour rapporteur le comte Siméon. On voulait donner au Roi une leçon enveloppée sous la forme d'un dévouement respectueux. L'Adresse fut votée sans discussion et M. de Chateaubriand prit seul la parole sur l'ensemble du projet (4).

Le Projet de l'Adresse de la Chambre des Députés répon-

(4) La majorité des Ministres avait approuvé ce discours.

(2) La Chambre des Députés se composait de 361 membres, dont 450 appartenaient à la droite et au centre droit, 175 à la gauche et au centre gauche. Restait une quarantaine de Royalistes, mécontents du diseours du Roi et de la marche du Gouvernement ; ils se joi- goirent à la gauche et lui donnèrent la majorité.

(3) Le Roi avait nommé pairs de France le marquis de Brancas, le marquis de Tourzel, le marquis de Puivert, le comte de la Bour- donnaie, le comte Beugnot, le général Vallé. L'opposition les appe- lait les sept péchés capitaux.

(4) M. de Chateaubriand continuait son opposition au Ministère et ea même temps faisait grand tort à la Royauté légitime. M. de Villèle écrivait : « Il a bien plus d’esprit que moi, mais j'ai plus de jugement que lui. Ce n’est pas l'esprit qui remplace le jugement, c’est le juge- ment qui remplace l'esprit. » Dans son discours, Chateaubriand disait : « Une révolution venant d'en bas est impossible, mais elle peut venir d'en haut et sortir d'une administration égarée dans ses systèmes, ignorante de son pays et de son siècle. »

0

dait avec beaucoup plus d'énergie à la malveillance et aux coupables manœuvres, dont parlait le discours du Roi (1). La lecture de ce projet fit une profonde impression, on réclama une seconde lecture, puis survint la discussion, elle fut vive des deux côtés, M. de Polignac n'avait pas l'habitude des luttes parlementaires, Il prit pour le remplacer deux de ses collègues MM. de Montbel et de Guernon- Ranville qui prenaient souvent la parole. M. de Courvoisier

(1) Voici une partie de cette adresse :

« Au milieu des sentiments unanimes de respect et d'affection dont votre peuple vous entoure, il se manifeste dans les esprits une vive inquiétude qui trouble la sécurité dont la France avait commencé à jouir, altère les sources de sa prospérité et pourrait, si elle se prolon- geait, devenir funeste à son repos. Notre conscience, notre honneur, la fidélité que nous vous avons jurée et que nous vous garderons toujours, nous imposent le devoir de vous en dévoiler la cause.

Sire, la Charte que nous devons à votre Auguste prédécesseur, et dont Votre Majesté a la ferme résolution de consolider le bienfait, consacre comme un droit l'intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est en effet indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des limites exactement tracées et que nous ne souffrirons jamais que l’on ose tenter de franchir; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre Gouvernement avec les vœux de votre peuple, la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement bous condamnent « à vous dire que ce concours n'existe pas ».

Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui la pensée fondamentale de l’administration; votre peuple s’en afflige parce qu’elle est injurieuse pour lui; il s’en inquiète parce qu'elle est menaçante pour ses libertés.

Entre ceux qui méconnaissent une nation si calme, si fidèle, et nous qui, avec une conviction profonde, venons déposer daus votre sein les douleurs de tout un peuple, jaloux de l'estime et de la confiance de son Roi; que la haute sagesse de Votre Majesté prononce! Ses royales prérogatives ont placé dans ses mains les moyens d’assurer entre les pouvoirs de l'État cette harmonie constitutionnelle, première et nécessaire condition de la force du Trône et de la grandeur de la France. »

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était malade. M. de Lépine, au nom de la Droite, demanda qu'on sortit des voies effravantes que huit mois de licence et de fermentation politique avaient préparées. MM. Agier et Félix Faure appuvyèrent l'adresse. M. de Conny dénonça la faction antipatriotique qui menacait la France de périls imminents. M. de \Montbel chercha à justifier la conduite du Ministère. M. Benjamin Constant voulut prouver que l'Adresse n attaquait pas l'autorité Royale et qu'elle signalait seulement un danger pour la défense du pays. Un discours de M. de Guernon-Ranville fit une si profonde impression que si on avait voté de suite, il aurait pu faire modifier l'Adresse et ramener les royalistes dissidents. M. Dupin lui répondit et déclara qu'on ne méconnaissait pas les droits du Roi. M. de Chantelauze critiqua l'adresse commeinjurieuse pour le Souverain, inconstitutionnelle et hostile à la Monar- chie. Les trois premiers paragraphes passèrentsansdifficulté. M. Delaborde atttaqua l'expédition d'Alger comme injuste et téméraire. M. de Haussez, ministre de la Marine, lui répondit. A près le rejet de plusieurs amendements qui adou- cissaient le ton de l'Adresse, M. de Lorgeril en présenta un qui, sans exprimer le refus de concours de la Chambre, le faisait pressentir. Ce fut alors que débutèrent deux orateurs politiques qui devaient jouer un grand rôle dans les débats parlementaires. L'un était M. Guizot, nouvellement élu à Lisieux. Il parla contre l'amendement de M. de Lorgeril, il ne réunit qu'une trentaine de voix ; l'autre, M. Berryer, s'exprima avec une grande hauteur de vues, il attaqua l'opposition avec tant d'énergie que la Gauche cria : « À l'ordre (1)! »

(1) Dans la discussion, on parla de l’irritation de la France contre le Ministère. Un député, M. de la Boulaie, prétendit qu'elle ne se manifesta d'abord que dans les journaux; si elle s'était ensuite éten- due, la cause en était uniquement dans l'acharnement que les journa- listes mettaient à en parler. Il suffit de dire à un homme dix jours de suite : « Mun Dieu ! que vous êtes changé ! » pour qu'il finisse par se

2 De

[Il était sept heures du soir quand, le 15 mars, on procéda au vote de l'Adresse, sur 402 votants, 221 se prononcèrent pour l'adoption et 181 contre. Si les 30 royalistes dissidents quiavaient soutenu l'amendement de M. de Lorgeril s'étaient réunis à la droite, l'Adresse aurait été rejetée et les graves événements qui allaient arriver et amener la Révolution de 1830 n'auraient peut-être pas eu lieu. Le vote eut un grand retentissement dans le payset produisit une grande émotion dans le Conseil des Ministres. Charles X prenant le bras de

M. Guernon-Ranville lui dit avec calme : « La Presse est cause de tout le mal. » Il regrettait le manque de concours des Députés, mais ses résolutions étaient smmuables..

En présence des menaces de l'Adresse, le Gouvernement

devait prendre un parti. M. d'Haussez croyait qu'on se procurerait une majorité à la Chambre en déplaçant les trente voix qui avaient assuré le triomphe de l'opposition, il suffirait de quelques places, et de trois millions. Le Roi et le Dauphin trouvèrent cette proposition immorale. Chercher à vivre avec la Chambre actuelle, en évitant les questions irritantes, était difficile. Renvoyer le Ministère pour en “prendre un dans la Gauche, Charles X ne le voulait pas, car c'était un acte d'ingratitude de sa part pour ses amis et ses serviteurs dévoués, et cela n'aurait modifié la situation que pour peu de temps. Restait la prorogation de la Chambre, suivie de sa dissolution, ou un coup d'Etat.

: Charles X reçut le 18 mars la députation chargée de lui présenter l'Adresse. Il montra beaucoup de calme et de dignité ; il répondit que ses ministres feraient connaitre ses intentions, et le 19 mars, ceux-ci portèrent à la tribune une ordonnance Royale qui prorogeait les Chambres jusqu au premier septembre. La violence des journaux avait redoublé

croire malade. Eh bien ! quand on répète dix jours de suite à un hon- pète marchand, à un abonné de cabinet de lecture : « Mon Dieul que vous êtes malheureux ! » il finit par en être convaincu... Ce sont votre opposition, vos exigences qui empêchent de gouverner.

di

d'un côté comme de l’autre. Les Royalistes disaient : « Plus de concessions ». C'était un appel à un coup d'Etat. Les libéraux le combattaient et continuaient leurs violentes attaques contre le Gouvernement (1). M. de Polignac, le 14 avril, présenta un rapport au Roi, (2) il indiquait les dangers de la situation, mais cet esprit léger croyait qu'il surmonterait les difficultés et qu'en dissolvant la Chambre on aurait de bonnes élections, il le fit croire à Charles X. Il se trompait, car il était probable que les électeurs à cent écus, indépendants et excités par les journaux et la presse libérale renommeraient les députés de l'opposition et peut- être en plus grand nombre. C'est ce qui eut lieu.

Le prince de Polignac chercha au moyen de M. de Sémon- ville à créer au Gouvernement un appui dans la Chambre des Pairs. Cet essai fut infructueux.

Le Ministère était indécis, découragé et parfois d'avis différents. M. d'Haussez proposa de former des associations

(4) On reprochait au Gouvernement d’être clérical, les journaux libé- raux prirent alors pour prétexte la solennité que le Gouvernement avait donnée au transfert des reliques de St-Vincent de Paul, de Notre-Dame à la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres. Dans d’autres circonstances, le Gouvernement avait cherché à éviter cette accusation. On prétendit que pour empêcher les attaques des journaux libéraux, lors du voyage de Charles X en 1827 dans le Pas-de-Calais, un des motifs pour les- quels ses Ministres l'engagèrent à ne pas aller à Boulogne était pour qu’il ne renouvelât pas le vœu traditionnel que les Rois de France firent, jusqu’à Louis XIV, à Notre-Dame de Boulogne.

(2) D’après le rapport de M. de Polignac, malgré une certaine agita- tion intérieure, personne en France ne regardait comme sérieusement possible le renversement de l’ordre de choses établies. Puis il énu- mérait les avantages que les institutions constitutionnelles assuraient à la France. Il regardait un coup d’État comme une déviation légère et momentanée. Après avoir indiqué la situation prospère du pays À l'intérieur et glorieuse à l'étranger, il trouvait le mal dans la Presse et dans les Comités directeurs organisés par l'opposition. Il était difficile d’y remédier et le Gouveraement devait se borner à éviter tout prétexte de mécontentement pour le présent et tout motif de crainte pour l'avenir. Ce n’était pas une solution définitive des difficultés. Le

ts

royalistes pour lutter contre les associations libérales et de rapprocher les troupes de Paris. M. de Polignac, toujours rassuré, ne crût pas devoir l’appuyer (1). MM. de Guernon- Ranville, de Courvoisier et de Chabrol, reconnaissant qu'ils n'étaient plus à la hauteur de leur tâche, voulaient seretirer. Le Roi appela M. de Villèle, les Centres lui étaient favorables, mais il n'entrait pas dans les idées du Prince de Polignac, il refusa de rentrer aux affaires. MM. de Bourmont et d'Haussez étaient pour les mesures violentes, MM. de Montbel et de Courvoisierleur étaient hostiles. On finit par décider, le 21 avril, la dissolution de la Chambre (2). On espérait en avoir une meilleure. Le clergé était favorable. On se séparerait des fonctionnaires douteux et on recom- manderait aux autres l'énergie. On chercherait à amé- liorer la Presse Royaliste. Enfin, on décida l'expédition d'Alger, sur les instances du Général de Bourmont et du Dauphin, car une partie des Ministres y étaient opposés, à cause des difficultés qu'elle présentait. On croyait que le succès exciterait un enthousiasme patriotique qui ferait changer l'esprit d'opposition se manifestant en France. On se trompait. Un rapport du 30 mars fait par M. de Chabrol, Ministre des Finances indiquant la situation prospèie des finances de la France, fit peu d'effet, tant était grande l’agi- tation politique (3).

moment était arrivé de mieux établir les prérogatives du Roi et celles du Parlement. Il fallait avoir une Constitution dans le genre de celle de l'Angleterre, etc.

(1) La marquise de Gontaut, dans ses mémoires, dit : « Polignac était bon, loyal, aimait le Roi comme on aime sa mère, mais il était faible, assez mal entouré, et ne doutant pas qu’il ne füt à la hauteur des circonstances. »

(2) Le Ministère était divisé : M. de Guernon-Ranville opinait pour la dissolution; M. de Montbel croyait qu'une proclamation du Roi comme celle de Louis XVIII en 1816 ferait bon effet, c'était aussi l'avis de M. de Villèle qui trouvait pourtant la dissolution dangereuse,

(3) En quinze ans, on avait payé 700 millions de contributions de guerre; 250 millions de réclamätions particulières; les frais d’une

"Op

Dans un conseil des Ministres, on avait examiné deux hypothèses : ou une Chambre nouvelle apporterait une majorité au Gouvernement, ou ce serait le contraire. Dans le premier cas, on modifierait la loi électorale, on voterait des lois plus sévères contre la Presse. Dans le second cas, on aviserait à ce qu'il y aurait à faire.

L'ordonnance royale dissolvant la Chambre des Députés parut le 21 avril 1830. Les élections étaient fixées au 23 juin pour les collèges d'arrondissement et au 25 pour les collèges de département. L'ouverture de la Chambre nouvelle devait avoir lieu le 3 août.

Une question dynastique se présenta alors : un décret de Ferdinand VII, Roi d'Espagne, décidait qu’à défaut d'enfant mâle dans la ligne directe, les filles succéderaient au Trône. Ce fut l'objet d’une longue délibération dans le Conseil des Ministres de France, car cela pouvait amener l'annulation de la renonciation faite par la branche aînée des Bourbons au Trône d'Espagne. L'Ambassadeur de France à Madrid fit une protestation. Les événements politiques empêchèrent d'y donner suite.

Les préparatifs de l'expédition d'Alger s'achevèrent au mois de mars 1830 (1). André Doria avait dit à Charles- Quint, se préparant à une expédition contre cette ville : « Il y a trois ports excellents en Afrique: Juin, Juillet et Août.» On voulut suivre son conseil. L'amiral Duperré fut mis à la tête de la flotte avec le vice-amiral de Rosamel sous ses

occupation de 150,000 soldats étrangers et ceux des expéditions en Espagne et en Grèce et de celle qu’on prépatait contre Alger. Le budget des dépenses était de 932,766,288 francs. Les dotations, les non-valeurs sur les quatre contributions, et les remboursements et restitutions coûtaient 171,264,116 francs. Les services publics récla- maient 661,502,172 francs. La dette flottante montait à 433 millions dont il fallait déduire 58 millions dus par l'Espagne, etc.

(1) Le Propagateur du Pas-de-Calais, dans son numéro du 26 avril 1830, compara cette expédition à celle qu'avait faite Bonaparte en Egypte en 1798.

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ordres (1). Les troupes de terre étaient commandées par le maréchal de Bourmont. Il avait été choisi par le duc d’An- goulème. Trois divisions avaient pour chefs les lieutenants- généraux Berthezène, Laverdo et le duc des Cars. Le maré- chal de camp Lahitte commandait le Génie (2). Le maréchal de camp Valazé, l'Artillerie. Le baron Denniée était à la tête de l'Intendance.

L'Armée comptait 37,331 hommes et 4,008 chevaux dont 30,410 hommes pour l'infanterie avec 219 chevaux, et 539 hommes pour la cavalerie avec 493 chevaux (3). 11 y avait en plus un parc de siège se composant de 82 grosses pièces et 9 mortiers.

La Flotte comprenait 11 vaisseaux de ligne, 24 frégates, 7 corvettes de guerre, 26 bricks, 26 corvettes de charge et 7 bateaux à vapeur, divisée en trois escadres : une de bataille, une de débarquement et une de réserve.

Il y avait un grand enthousiasme et une grande émulation parmi les soldats et les matelots.

Voici le motif qu'on mit en avant pour faire cette expédi- tion : le Dey Hussein laissait les pirates barbaresques capturer nos navires; 1l exigeait des droits énormes pour l'exploitation des bancs de corail. Le dernier grief fut un affront fait à la France. Sous le Premier Empire, deux Algériens, Baril et de Bussac, avaient fait des fournitures de

(1) L’amiral de Rosamel était artésien. Parmi les officiers apparte- nant au départenant, se trouvait le capitaine Godard, fils d’un mare chand d'Arras.

(2) Trois compagnies du Génie du régiment d'Arras composées de 300 hommes avec 4 officiers, firent partie de l'expédition ainsi que M. Roguin, payeur du département du Pas-de-Calais.

(3) L’artillene comprenait 2,815 homimes et 1,246 chevaux; le génie, 4,345 hommes et 117 chevaux; le train des équipages, 882 hommes et 1,302 chevaux ; les ouvriers d'administration, 688 hommes; la gendarmerie 123 hommes et 31 chevaux; les officiers d'adminis- tration et les employés 429 hommes et 354 chevaux; l’Etat-major, 410 personnes et 246 chevaux. 1

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laine; ils réclamaient quatorze millions pour le paiement.

Le Dey prit leur cause espérant en tirer parti. De concert avec lui, la dette fut réduite à sept millions, mais des créanciers des deux Algériens firent opposition au paiement. L'affaire, portée devant les tribunaux français, traina en longueur. Le Dey écrivit directement au Roi de France pour s'en plaindre. La réponse n'était pas encore parvenue lorsque, pendant les fètes du Bairam, notre Consul se pré- senta devant Hussein pour réclamer contre la saisie et la vente de deux bàätiments romains capturés par les corsaires algériens. Celui-ci lui dit : « Tu viens me tourmenter pour une affaire qui ne regarde pas la France, quand ton maïitrene daigne pas répondre à la lettre que je lui ai écrite pour une affaire qui me concerne. » Le Consul lui répondit : « Un Roi de France ne répond pas à un homme tel que toi. » Le Dey se leva et le frappa d'un chasse-mouches en plumes de paon. Pour obtenir réparation, la France envoya un capi- taine de vaisseau avec une frégate. Hussein fit tirer à boulets sur elle. I] ne restait plus qu'à déclarer la guerre. Le Gouvernement, pour éviter des complications diploma- tiques, pensa d'abord à employer Mohammed Ali, vice-roi d'Égypte, comme lieutenant de la France; mais, sur les conseils de l'Angleterre, il refusa. Le Gouvernement alors résolut d'agir seul. On consulta les puissances étrangères; aucune ne fit d'observations, sauf l'Angleterre qui demanda par son ambassadeur le résultat que la France comptait retirer de son expédition. Le prince de Polignac répondit quelle vengeait son honneuret ne prenaitaucun engagement, qu'elle s entendrait avec les autres puissances, si la Régence était renversée. Ce fier langage ne ressemblait pas à la poli- tique hésitante qu'on suivait dans les affaires intérieures.

Le # mai 1830, le duc d'Angoulème vint à Toulon élaient rassemblées la flotte et les troupes; il les passa en revue en présence d'une foule immense. On fit un simulacre de débarquement, Le 17 mai l'embarquement était terminé,

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Laissons les vaisseaux, retenus par les vents contraires, attendre jusqu'au 25 mai pour pouvoir mettre à la voile, et revenons à ce qui se passait en France.

On se prépare à la lutte des deux côtés. La Société secrète dite « Aide-toi, le ciel t'aidera, » avait succédé aux anciens « Carbonari »; elle était dirigée par les chefs du parti libéral et avait cherché à amener le refus de l'impôt. Elle redoubla d'efforts pour triompher aux élections ct faire revenir à la Chambre les 221. Aussitôt après le vote de l'Adresse, elle organisa des banquets en leur honneur, la salle était ornée d'inscriptions, on les regardait comme les sauveurs de la Patrie, on leur portait des toasts. On n'attaquait pas encore l'autorité royale, mais on criait : « Vive la Charte! » et « Vivent les 221! » (1).

Charles X avait cru devoir opérer des changements dans son Ministère, espérant trouver par de nouveaux choix, un moyen d'arriver à triompher aux élections.

Le 19 mai, M. de Chantelauzc, procureur général à la Cour de Grenoble, devint Ministre de la Justice, en rempla- cement de M. de Courvoisier; M. de Peyronnet fut nommé

(1) Le 4er avril, un banquet fut offert par sept cents électeurs aux députés de Paris qui avaient voté l’Adresse. M. Odilon-Barrot, prési- dait. On ne porta pas de toast au Roi, mais aux trois Pouvoirs. On avait suspe